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vendredi 10 janvier 2014

Etienne regrette d'Antoine Sénanque



Le livre :

Étienne regrette d'Antoine Senanque aux éditions Grasset, 234 pages, 18€.



Pourquoi cette lecture :

C'est directement par mail que j'ai été sollicitée pour ce titre. On m'a présenté l'auteur, sa biographie, sa bibliographie et ses prix littéraires. On m'a aussi évidemment donné envie d'en savoir plus sur ce titre qui fait parti de la seconde vague de la rentrée littéraire 2013 ( celle qui se déroule en janvier 2014 donc). 
Je connaissais de nom Antoine Senanque, mais pas encore son écriture. Une occasion de découvrir le tout. 


Le pitch :

"Fusain est un con" : ce graffiti creusé à la surface du bureau d'Etienne Fusain, professeur de philosophie en terminale au Lycée Saint Anselme à Saint Denis, va bouleverser la vie routinière d'un homme gris qui avait renoncé à ses espérances. Etienne Fusain quitte tout le monde. Son lycée, sa maison, sa femme, sa fille et sa mélancolie. Il retrouve son ami d'enfance, Denis Larbeau, médecin légiste à Creil, son contraire : un amoureux de la vie, de l'alcool, des femmes, qui va faire renaître leur complicité ancienne et le conduire vers sa renaissance. 
Le médecin légiste traitera la désespérance de Fusain à sa manière, par l'immoralité, l'excès, la mise à distance et les dissections hospitalières, en alchimiste réjouissant capable de rendre gaies les situations les plus sinistres. Il offrira à Fusain la preuve d'amitié la plus précieuse, la clé de son jardin secret : une rencontre avec son amour d'enfance, Lily, maîtresse cachée et bientôt partagée. 
Le trio amoureux traverse la France, vole la chaise de Van Gogh à Auvers-sur-Oise, se perd, se retrouve, se révèle. Le mystère de la vie de Lily entraîne les deux amis sur la pente dangereuse de l'illégalité, lorsqu'il leur faut affranchir leur amour de son maître tyrannique et menaçant.


Ce que j'en pense :

Voilà une histoire qui débute de manière assez banale : un professeur de philosophie, un graffiti, une insulte envers lui. Pas quoi casser trois pattes à un canard. Cependant, c'est ce petit rien qui déclenche le reste. Comme quoi, il en faut peu. 

Si je suis pinailleuse sur certains détails, c'est que ma lecture se veut approfondie. Par exemple, Condillac le proviseur ne peut pas être en poste depuis 15 ans. C'est 9 ans maximum sauf parfois en fin de carrière avec une ou deux années de plus possible histoire d'aller au bout.  
Autre détails, les phares jaunes ne sont plus si nombreux sur nos routes. On en croise encore, mais de loin en loin...
Et les cheveux ne poussent plus quand nous sommes morts. C'est une bêtise d'autant plus grande que de mettre cette affirmation dans la bouche d'un médecin, même (ou surtout) légiste. Car c'est encore l’une de ces légendes modernes ! Une rumeur qui a su se faire accepter comme un fait, la même persiste à propos des ongles… Pourtant, ni l’une ni l’autre ne sont vraies. Il faut bien comprendre que les follicules ont besoin d’être approvisionnés par le sang pour produire des cheveux. Et dès que celui-ci s’arrête de circuler, la pousse des cheveux et des poils s’arrête net. Même chose pour les ongles. Ce qui est vrai en revanche, c’est qu’après la mort, le corps commence à perdre de l’eau. Il se déshydrate. Résultat, la peau se rétracte. Au premier coup d’oeil, on a l’impression que poils, cheveux et ongles se mettent à pousser. Mais c’est seulement la peau qui s’est déshydratée.

Étienne est un personnage qui m'a fait passer par beaucoup de sentiments à son égart. Il est agaçant, stressant, gavant, touchant, énervant, antipathique, attachant... Peut-être un peu plus de négatif que de positif, mais en réalité c'était un peu plus equlibré.
Larbeau son ami m'a paru plus vivant bien qu'il travaille avec les morts. Il est étrange, mais à peine plus que cela. Sa façon de voir les choses est rationnelle, enfin presque. Il détonne sans trop se faire remarquer. Il est hétéroclite comme son intérieur.
En fait, ce roman est truffé de personnages. Souvent secondaires, mais non sans valeurs. Ils sont tous particuliers. On les croisent plus ou moins sommairement, cependant ils marquent nos esprits. 

Le style d'Antoine Sénanque n'est pas complexe, mais sa lecture requiert un minimum d'attention, d'adaptation à son rythme. Chaque auteur écrit comme sur une partition. Il faut juste lire les mots, les phrases avec le bon tempo. 
Pour le reste, une fois qu'on est bien installé dans le récit, tout va de soit. L'histoire n'est pas palpitante, ce n'est pas ce genre de lecture. C'est plus une ballade tranquille sur un rythme modéré, mais qui mine de rien nous en fait découvrir des choses...


Et s'il fallait mettre une note : 13 / 20

jeudi 3 octobre 2013

La nostalgie heureuse d'Amélie Nothomb



Rentrée littéraire 2013




Le livre : 

La nostalgie heureuse d'Amélie Nothomb aux éditions Albin Michel, 162 pages, 16€50. 


Pourquoi cette lecture :

Depuis des années, la rentrée littéraire débute toujours par la lecture de l'ouvrage signé par Amélie Nothomb. 
C'est hélas de moins en moins vrai dans les faits car  depuis deux ans, je commence à recevoir dés le mois de juin des épreuves des futurs titres qui envahiront, de manière tout à fait pacifique, les rayonnages et les tables de présentation des librairies. 
Cependant, même si ce n'est plus avec cet auteur que je me lance dans la découverte des crus de cette année, je n'en prends pas moins de plaisir à le dévorer dés que cela m'est possible. 


Le pitch :

Amélie Nothomb revient au Japon après 16 ans sans y avoir posé un orteil. Le prétexte à ce retour est un tournage de documentaire sur elle-même et ses racines japonaises durant sa petite enfance. 


Ce que j'en ai pensé : 

Le Japon est un pays qui me fascine car il est multiple. Il possède aussi un pied dans le passé et la tradition, mais également un pied dans le présent, voir le futur ainsi que la modernité. Amélie Nothomb y a vécu ses premières années, puis y est retournée une fois à l'âge adulte. Mais depuis 16ans, elle n'y a plus remis les pieds. C'est assez fou quand on sait son attachement pour ce pays. 

Elle nous a déjà offert des livres plus ou moins autobiographiques sur des thèmes variés, mais en rapport avec son passé japonais : "Stupeur  et tremblement" (le monde du travail et de l'entreprise), "La métaphysique des tubes" (son enfance, la nourriture et ces notions de vases communiquants ou non), "Ni d'Eve, ni d'Adam" (sa relation avec Rinri, son fiancé japonnais).

Elle revient de nouveau au pays du soleil levant pour des raisons professionnelles et cela ouvre bien des portes sur le plan personnel. J'aime quand elle nous décrit son Japon, son vécu, ses expériences là-bas. On n'est jamais déçu par sa vision au prisme si particulier. 

Sans doute, est cela qui donne alors des intrigues qui possèdent ce côté authentique  qui font que le lecteur ne pas alors lâche pas  le livre. On sent le vécu, l'expérience unique. 
Et puis le reportage qu'Amelie évoque, je l'ai vu lors de sa diffusion sur France 5. Il était très intéressant et même émouvant. Avec ce livre, j'ai l'impression d'avoir accès aux coulisses du tournage. Et ce n'est pas peu dire car il y a des moments que même la caméra ne peut pas saisir. Il y a aussi des rencontres que l'on ne nous montrera pas en images, mais qu'Amelie veut bien nous faire partager avec sa prose inimitable.  

J'ai parfois souri car c'est fou comme l'un de mes auteurs favoris peut se dénigrer dans cet opus. Comment est-ce donc possible ? Tous ses succès ne l'ont pas rassuré ? Il faut croire que non. 
Elle est nature et impayable. Elle se retrouve dans des situations peu confortable et pourtant... Je ne peux que l'apprécier davantage. Elle doute autant que je peux le faire de moi-même avec une grande dose d'auto-dérision. 
Elle est déjantée, mais sa vie peu ordinaire depuis sa naissance fait qu'elle ne pouvait pas être dans la norme. Rien n'est plus logique.  

Ce récit est un délice pour qui apprécie Amélie Nothomb. Pour les autres, c'est une occasion de la découvrir. 


Et s'il fallait mettre une note : 16 / 20

mardi 18 décembre 2012

Troisième humanité de Bernard Werber



Le livre : 

Troisième humanité de Bernard Werber aux éditions Albin Michel,  587 pages ,22€90.



Pourquoi cette lecture : 

N'étant pas un fan de la littérature un peu SF ou ayant un caractère anticipation, je ne me serai pas réellement tournée toute seule vers ce livre de Bernard Werber dont je connais pourtant déjà la plume car j'ai déjà apprécié son écriture à travers 2 autres ouvrages.
Il est passé dans la "Grande librairie" sur France 5 et cela m'a donné l'envie de lire ce dernier opus. Oui, les émissions littéraire sont encore prescritrices de certaines de mes lectures. 



Le pitch : 

Nous sommes à l’ère de la deuxième humanité. Il y en a eu une avant. Il y en aura une... après. En Antarctique, le paléontologue Charles Wells et son expédition découvrent, tout au fond d’un lac souterrain, les restes de squelettes humains d’environ 17 mètres de long. A Paris, le projet d’étude de son fils David sur le rapetissement humain est sélectionné par un tout nouveau programme de recherches, consacré à « l évolution de notre espèce ». Wells père a retrouvé l’ancienne humanité, Wells fils entrevoit la prochaine humanité, mais ils sont loin encore de savoir la vérité. C’est grâce au soutien et à la passion amoureuse d’une femme, Aurore Kammerer, spécialiste dans la connaissance des Amazones, que sera révélé le plus surprenant des secrets et réalisée la plus folle des expériences, modifiant à jamais l’avenir des générations futures.



Ce que j'en ai pensé : 

Je suis immédiatement rentrée dans le récit. Bernard Werber possède le talent de vous immerger en quelques lignes seulement dans des intrigues un peu folles, un peu futuristes, mais pas trop, scientifiques, mais compréhensibles par tout le monde sans avoir un niveau bac + 12 (vive le passé de journaliste scientifique de Bernard Werber). 
C'est donc un excellent conteur d'histoire qui mêle la fiction et les informations très sérieuses qui enracinent le récit un peu plus.
On rentre dans son univers car on sent bien qu'il navigue entre notre monde et un autre à peine différent. Ses clins d'oeil à certains de ses confrèred comme Loevenbruck, ses traits d'humour, certains noms sont parfois gros comme des maisons : Jaffar, Wilkinson, l'évocation de la très sérieuse Loi de Murphy… Il y met un peu de tout dans ses livres et cette mayonnaise prend parfaitement.

J'ai bien trouvé que quelques fois, on allait un peu vite en besogne, que certains traits étaient un peu grossiers, mais cela ne m'a pas gêné plus que cela dans ma lecture en fait. Je suis passée par dessus sans peine parce que j'avais envie d'en savoir plus et d'avancer dans l'intrigue fort prenante. 

Les interventions de la Terre en tant que protagoniste m'ont beaucoup plu. Je la considère effectivement comme une entité vivante et donc cette "prise de parole" n'était pas si surprenante que cela.
Les autres protagonistes sont bien calibrés, ils ont chacun leur rôle et s'y tiennent. Pour un peu, je dirai que tout est bien à sa place dans ce livre. Il est presque méthodique, scientifique ? En tant que psycho-rigide qui s'assume, cela me convient parfaitement. 

J'ai pris du bon temps avec ce livre, même si je ne sais pas si je le garderai longtemps en mémoire. 
Il y a des points qui vont parfaitement dans le sens de ma pensée personnelle donc ils sont déjà intégrés et d'autres que je trouve plus originaux, mais qui me laissent encore dubitative. C'est indéniablement un bon bouquin, à lire donc même pour les personnes pas fan d'anticipation, mais qui ne restera peut-être pas dans les annales littéraires (mais je peux me tromper évidemment). 

Je lirai avec plaisir le tome 2 à sa parution. 


Et s'il fallait mettre une note : 15 / 20 

mardi 23 octobre 2012

Barbe Bleue d'Amélie Nothomb


Rentrée littéraire 2012 


Le livre : 

Barbe Bleue d'Amélie Nothomb chez Albin Michel, 170 pages, 16€50.


Pourquoi cette lecture

D'ordinaire je commence toujours mes lectures pour la rentrée littéraire avec l'ouvrage d'Amélie Nothomb. Cette année, ce ne fut pas le cas pour diverses raisons, mais il n'empêche que je l'ai lu le cru 2012 ! 
Je suis fan depuis quelques année de la plume de cette jeune femme Belge de nationalité, mais Japonaise de coeur. J'ai mis du temps à apprécier son style, mais après maintes tentatives infructueuses, ce fut enfin le déclic et cette addiction ne se dément plus, même si elle connait forcément des hauts et des bas. On a beau être un petit génie de l'écriture, on ne plait pas toujours de manière aussi complète à chaque fois. 
Alors le petit de 2012, il est comment ?


Le pitch : 

La colocataire est la femme idéale.


Ce que j'en ai pensé : 

Il y a longtemps que je sais que les contes pour enfants, ces grands classiques ne leur étaient pas destinés au départ. Qu'Amélie Nothomb s'empare de l'un deux pour le refondre à sa manière ne m'a pas étonné. Elle explore tout. Elle se laisse guider par une houle qu'elle ne maîtrise pas alors pourquoi pas en passer par le conte cette fois ?

Je n'ai pas dévoré cet opus. Je l'ai savouré comme on le ferait avec une friandise que l'on sait éphémère. Il n'y a qu'un ouvrage de l'auteur par an et comme elle écrit de manière de plus en plus concise, je ne trouve pas si stupide que cela de faire durer cette lecture. D'autant plus que j'ai donc pu prendre un certain plaisir à décortiquer plus profondément le texte, ses tournures, chercher et comprendre ces petits détails que je perçois bien d'ordinaire, mais que je croque et oublie presque aussitôt pour passer au suivant. Cette fois donc je ne me suis pas comportée comme une boulimique, mais comme une gastronome avec un met fin et rare. 
J'ai avalée de manière délicate toutes les petites bulles de champagne des grands millésimes que l'on a versé dans ma coupe. Comme Saturnine, je me suis délectée du divin nectar jusqu'à l'ultime goutte et au frisson final.

La notion du jardin secret, cette petite chose que l'on souhaite garder uniquement pour soi par pudeur, par besoin ou pour tout autre raison est abordée avec grandeur, démesure et ironie aussi. C'est du Amélie Nothomb tout craché. Elle-même cachant une chose qu'elle voudrait bien révéler, mais dont elle refuse l'accès au dernier moment. elle se brûle un peu les doigts à chaque fois, elle essaie de dire sans le dire. 

L'amour est au coeur de tout, le grand, le petit, le sincère, l'intéressé, le caché, le nié… Chaque nuance est représentée ou presque comme dans la chambre noire.
Mais je crois que je ne vais pas vous en dire plus car il est bien difficile de parler d'un roman signé Nothomb sans trop en dévoiler. Déjà, je vous ai livré quelques clin d'oeil, mais je vous laisse l'ivresse de la découverte. 

Laissez-vous tenter, vous ne risquez rien sauf de tomber sous le charme… 


Et s'il fallait mettre une note : 16/20

vendredi 21 septembre 2012

Tuer l'auteur de Khun San



Le livre : 

Tuer l'auteur de Khun San aux éditions Les joueurs d'Astres, 92 pages, 9 € 00.


Pourquoi cette lecture : 

C'est mon troisième partenariat avec cette petite maison d'édition qui croit vraiment dans le potentiel de ses auteurs et qui donc essaie de les faire connaître plus largement au public qui souvent reste cantonné aux seuls énormes succès d'une poignée. 
J'aime sortir des sentiers battus et faire des découvertes.
Nous étions fait pour nous rencontrer.


Le pitch : 

Alors que vous ôtez délicatement le papier du petit carré de chocolat que vous aviez conservé pour l’après café, une femme en solex dont le panier avant dévoile l’oblongue extrémité d’une baguette de pain s’enquille dans le bout de vos chaussures. Devant cette flaque de sang qui macule le nubuck beige de vos mocassins vous abandonnez le projet du chocolat et, après un mouvement d’humeur fugace, vous raccompagnez la femme chez elle, dans un appartement qu’elle partage avec une hollandaise exubérante. Dans les lieux vides à cette heure puisque l’expansive hollandaise jacasse en d’autres ailleurs, elle vous confie, au détour d’un splash d’eau boriquée, « j’ai un secret, je vais tuer un homme ». Vous ne voulez pas trop vous attarder, vous avez déjà assez de soucis avec vos propres meurtres sémantiques.


Ce que j'en ai pensé : 

Je savais de cette lecture serait très différente des deux autres que j'ai déjà faite dans le catalogue des Joueurs d'Astres. Je n'ai donc pas été trop surprise. Reste que j'ai eu du mal à me faire au style de Khun San, plus ampoulé, très recherché, limite un brin élitiste. Elle place l'auteur (le héros) à la fois dans une position de simple mortel et à la fois dans celle d'un être doué de certains pouvoirs quasi divins. 
N'en déplaise à certains, il n'est pas si facile que cela de devenir écrivain. Cela demande du travail en plus de l'inspiration et du talent. Beaucoup d'appelés, peu d'élus.
Le lecteur, il faut le convaincre, l'amadouer, le séduire, le faire rester, le faire revenir. 

Je suis restée jusqu'au bout pour ce roman très découpé : 67 chapitres pour 92 pages. 
Tout est rédigé à la troisième personne du singulier. voilà un parti pris pas banal et osé. Il installe une distance entre le sujet et le lecteur à mon sens. C'est certainement voulu et recherché, mais pour ma part, mon intérêt est allé en décroissant au fil des pages. Je me suis non pas lassée, mais sentie un peu trop exclue, presque de trop.
Dommage quand même car je n'ai pas été longuement attirée par le fil de la pensé que Khun San a souhaité insuffler dans son livre. Nous n'avons pas été en phase, mais d'autres lecteurs le seront peut-être car cet ouvrage possède une certaine originalité, une différence d'approche qui ne m'a pas séduite pleinement, mais qui mérite d'être soulignée. 


Et s'il fallait mettre une note : 9 / 20 

jeudi 20 septembre 2012

La vie de Régis de sà Moreira



Le livre : 

La vie de Régis de sà Moreira aux éditions Au Diable Vauvert, 138 pages, 15€00.


Pourquoi cette lecture : 

Il s'agit d'une lecture faite dans le cadre d'une édition spéciale de l'opération Masse Critique organisée par le site communautaire littéraire Babelio. Un partenariat qui a eu lieu aussi parce que ma curiosité légendaire avait été titillée. 


Le pitch : 

Je suis sortie sur le parking, il faisait froid, c'était agréable, un homme m'a demandé mon numéro de téléphone, je ne sais pas ce qui m'a pris, je lui ai  tout de suite donné... C'était la première fois que j'osais aborder une inconnue et il a fallu que ce soit la bonne. Nous nous sommes mariés deux mois après.


Ce que j'en ai pensé : 

"La vie" est un roman qui porte bien son titre. Nous voilà parachuter dans la vie des gens l'espace de quelques minutes, à peine le temps d'esquisser quelques gestes, d'articuler deux phrases ou de formuler une pensée. Les personnages n'ont rien en commun sauf de croiser le chemin, le regard ou l'esprit vagabond du précédent. On ricoche de l'un à l'autre avec logique, mais aussi brièvement qu'une pierre lisse le fait à la surface de l'eau.

C'est une approche innovante du genre humain, tous différents, mais si semblables, isolés, mais reliés aux autres par des liens invisibles qui les font se répondre. 
On obtient alors une histoire complète qui fait penser au phénomène papillon : un seul battement d'aile ici, un ouragan là-bas. Cela peut aussi faire penser à ces histoires écrites à plusieurs lors de séances de jeux, par mail ou sur des forum. Je trouve que cela change assez des récits classiques et c'est distrayant, même si les bloggeuses littéraires en prennent pour leur grade, page 13 (humour !).
Sympa aussi de croiser ainsi Julia Roberts, Scarlett Johansson, Angelina Jolie, Matt Damon, etc…

Au final, ce n'est pas le meilleur livre que j'ai lu cette année, mais indéniablement un de ceux qui sortaient du lot.
A découvrir et à tester. 


Et s'il fallait mettre une note : 13 / 20 

mardi 18 septembre 2012

Un cercle de lecteurs autour d'une poêlée de châtaignes de Jean-Pierre Otte

Le livre : 

Un cercle de lecteurs autour d'une poêlée de châtaignes de Jean-Pierre Otte aux éditions Julliard, 254 pages, 19€30.


Pourquoi cette lecture

C'est dans "La grande librairie", l'émission littéraire que je regarde chaque jeudi soir sur France 5, que j'ai découvres ce livre.
En revanche, ce n'est que plusieurs mois après sa parution que j'ai eu le plaisir de le trouver en bibliothèque, mais un livre, cela ne se périme pas. 
Lorsque Jean-Pierre Otte en avait parlé (de son ouvrage) sur le plateau de télévision, j'avais repensé au plaisir que j'avais depuis 2 ans déjà de venir aux rencontres littéraires organisées par la médiathèque qui se trouve en bas de chez moi. Je suis d'une sensiblerie !!!!! 


Le pitch : 

Rares sont les auteurs libres à ce point face à leur temps. Au risque d’être taxé d’anachronisme, Jean-Pierre Otte a entamé avec son « Cycle de la vie  personnelle », une série de chroniques décrivant son quotidien dans une communauté rurale retranchée du monde. Avec un plaisir non dissimulé, il prend le contre-pied de notre époque, nous rappelant aux joies simples de la nature et de la décroissance. Cette fois-ci, il s’est joint à un groupe de personnes issues d’horizons divers, qui se réunissent tous les mois pour partager une passion commune : les livres. Le rituel est simple, une poêlée de châtaignes, le doux bruit des bouteilles qu’on débouche, et la discussion à bâtons rompus peut reprendre là où on l’avait laissée. Confrérie éclectique, ils sont une quinzaine, de l’avocat au jardinier en passant par la bibliothécaire ou la prof d’espagnol, formant un petit monde à part de bibliophages exigeants et passionnés. On y aborde des sujets tout aussi hétéroclites que la téléportation ou l’utopie, on s’y remémore des récits d’aventures dans des contrées exotiques comme on y invente un voyage en 323 jours au coeur du Quartier latin ; on y cite des auteurs aussi divers que Julien Gracq, Carlos Castaneda, Gilles Deleuze ou John Cage. Discussions, anecdotes et autres récits sont prétexte à des réflexions inattendues sur l’art, le sens de la vie, la sexualité, la nature et la mort. Derrière le choix des auteurs et des textes se profile toujours la personnalité étonnante de ces lecteurs chevronnés. Mais la vie de l'esprit ne serait rien si elle négligeait le bonheur des sens. Chaque réunion se clôt par un véritable festin, au gré de recettes traditionnelles toutes plus alléchantes, du tablier de sapeur sauce gribiche au gigot de chevreau et navets glacés !


Ce que j'en ai pensé : 

Déjà dans le premier chapitre, j'étais amusée par une anecdote drôle et cocasse (forcément). La narration de ces rencontres à caractères littéraires promettait d'être savoureuse (comme une poêlée de châtaignes). L'auteur, qui est aussi le narrateur donc, m'était sympathique comme lors de sa promotion dans "La grande librairie". J'y ai vu comme un signe de bonne augure. 

Oui, mais voilà, même si j'ai ensuite apprécié certains passages, je me suis assez vite noyée dans les impressions et les dérives littéraires de haut vol de ce cercle de lecteurs. 
Wahou, je sais que je manque de culture, mais là, je me suis sentie dépassée, submergée et comme je sortais d'une série de lectures nombreuses, diverses et plus ou moins complexes pour un jury littéraire sur un laps de temps court, je crois que je n'étais pas prête à lire tout cela. J'avais envie de fraîcheur, de légèreté… Pas de prendre un cours de littérature poussé. 
Mauvais timing donc et ma note s'en ressent alors que l'ouvrage est bien écrit, très agréable en dehors des grandes envolées de chacun des protagonistes.

Je plaide coupable pour cette rencontre qui a mal tourné… 


Et s'il fallait mettre une note : 9/20



lundi 17 septembre 2012

L'Embellie de Audur Ava Olafsdottir


Lecture rentrée littéraire 2012 


Le livre : 

L'Embellie de Audur ava Olafsdottir aux édition Zulma, 395 pages, 22 € 00.


Pourquoi cette lecture : 

Elle s'est faite (en août 2012) lors d'une opération lancée par les librairies Décitre et la communauté Entrée Livre : lecteurs VIP pour la rentrée littéraire 2012.


Le pitch : 

C’est la belle histoire d’une femme libre et d’un enfant prêté, le temps d’une équipée hivernale autour de l’Islande par la route côtière. En ce  ténébreux mois de novembre islandais, exceptionnellement doux au point de noyer l’île sous les pluies et les crues, la narratrice, qui ne cesse de se tourner elle-même en dérision, voit son mari la quitter sans préavis et sa meilleure amie, Audur, lui demander de s’occuper, pour au moins une saison, de son fils de cinq ans. Pourtant la chance sourit à l’amie d’Audur : elle gagne un chalet d’été et une petite fortune au loto. 
À la suite de sa rupture, elle aurait préféré accomplir un voyage consolateur à l’étranger mais, bonne nature, elle est incapable de refuser quoi que ce soit à qui que ce soit, hommes ou femmes. Elle partira tout de même, pour un tour de son île noire, avec Tumi, le fils d’Audur, étrange petit bonhomme, presque sourd, mutique, et avec de grosses loupes en guise de lunettes. Roman d’initiation s’il en fût, l’Embellie ne cesse de nous enchanter par cette relation de plus en plus cocasse, attentive, émouvante entre la voyageuse et son minuscule passager. 
Ainsi que par sa façon incroyablement libre et allègre – on pourrait dire amoureuse – de prendre les fugaces, burlesques et parfois dramatiques péripéties de la vie, sur fond de blessure originelle. Et l’on se glisse dans l’Embellie avec une sorte d’exultation complice qui ne nous quitte plus, longtemps après en avoir achevé la lecture. Il y a chez la grande romancière islandaise – dont on garde en mémoire le merveilleux Rosa candida – un tel emportement rieur, une telle drôlerie des situations comme des pensées qui s’y attachent, que l’on cède volontiers à son humour fantasque, d’une justesse décapante mais sans cruauté, terriblement magnanime. 
Vrai bain de jouvence littéraire, ses romans ressemblent à la vie.


Ce que j'en ai pensé : 

C'est l'histoire d'une rencontre pour le moins improbable et parsemée d'autres rencontres qui nous font découvrir l'Islande. 
C'est tendre et drôle. On rit, mais on est ému également. Bref, on ne reste pas simplement spectateur de ce récit bien vivant. 
D'ailleurs un tel livre, cela s'offre, se prête, se recommande, bref circule car c'est un hommage à la vie dans tout ce qu'elle peut avoir de tristoune, mais aussi de très beau. 
Il y a de la poésie et de belles leçons de philosophie à apprendre ici, dans ce petit pavé de papier… 

C'est fort bien écrit (et traduit). Cela se lit tout seul. 

J'ai adoré l'annexe à la fin du bouquin car les recettes de cuisine et le tricot, c'est mon dada ! 
Une lecture agréable jusqu'au bout ! 


Et s'il fallait mettre une note : 16 / 20 

vendredi 14 septembre 2012

Le poivre d'Olivier Bouillère


Lecture rentrée littéraire 2012



Le livre : 

Le poivre d'Olivier Boullière aux éditions P.O.L, 310 pages, 18 €.



Pourquoi cette lecture : 

Elle s'est faite (en août 2012) lors d'une opération lancée par les librairies Décitre et la communauté Entrée Livre : lecteurs VIP pour la rentrée littéraire 2012.


Le pitch : 

Lorraine se souvient de la Reine Visage en 1965. C'était presque l'enfance et elle avait l'impression d'avoir déjà tant vécu. Beaucoup plus que maintenant.  Serait-elle capable de jouer et de chanter à nouveau ? Ce n'est pas du tout la même chose d'avoir vingt-cinq ans. A vingt-cinq ans elle croyait aux choses, elle était attachée à ce qu'elle allait devenir ou accomplir. Maintenant ça n'aurait plus de sens. 
Quelque chose est usé dans l'importance même du monde. Pourtant il va bien falloir.


Ce que j'en ai pensé : 

Le poivre, c'est pour donner du goût à un plat, en révéler la saveur, en exhausser la puissance en bouge et là, on n'est pas vraiment dans le domaine culinaire, mais un ouvrage qui nous parle du retour sur le devant de la scène d'une ancienne star. Cela m'a fait penser à toutes ces célébrités des années 70-80, voir même 90 qui font des tournées partout en France et surfent sur la nostalgie du public. Je ne dénigre pas leur talent, je pense juste que l'on ne peut pas vivre éternellement dans le passé et q'il faut nécessairement aller de l'avant ensuite. 

Le temps passe pour tout le monde et on ne peut pas être éternellement jeune. Pour certaines personnes, cette fuite en avant est plus difficile que pour d'autres. L'image que renvoit le miroir se veut cruelle et ne correspond pas à ce que l'on a gardé en tête, à ce que désir aussi le public. On peut déprimer pour moins que cela quand la pression de la scène, de la représentions est trop forte, mais pas que. 
La preuve Lorraine n'est pas la seule dans le spleen. 

A un moment donné, il y a comme une cassure dans la lecture et l'intrigue qui se déroulait assez logiquement s'en ressent. Il y a aussi le vocabulaire plus cru pour décrire des scènes de sexe dont on ne sait pas trop ce qu'elles font là. Du sexe pour oublier ? Pour s'oublier ? Peut-être… 

J'avoue aussi que je ne suis pas vraiment fan du style d'écriture de l'auteur. Je l'ai trouvé maladroit le plus souvent, manquant de fluidité ou de finesse pour faire passer les émotions. 
Dommage… 


Et s'il fallait mettre une note : 9 / 10 

samedi 21 avril 2012

So Shocking ! d'Alan Bennett


Le livre :

So shocking ! d'Alan Bennett aux éditions Denoël & D'ailleurs, 13€50, 235 pages.



Pourquoi cette lecture :

Ce n'est pas le premier livre d'Alan Bennett que je lis. Comme beaucoup d'autres, j'ai dévoré et apprécié "La reine des lectrices" sorti en France en 2009 déjà (mon billet de l'époque : ici). Depuis plus rien, par manque de temps surtout et d'occasions.
L'exemplaire que j'ai eu entre les mains venait de la médiathèque en bas de chez moi (comme souvent car j'ai de la chance, les bibliothécaires ont les mêmes coups de coeur sur les listings ou dans les librairies). Elles attendent un peu d'ailleurs mes réactions face à cette lecture car je dois être seulement la seconde personne à le sortir des rayonnages depuis son acquisition.


Le pitch :

Mrs Donaldson et Mrs Forbes ont la cinquantaine.
Mariées et mères de famille, elles sont ce que l'on pourrait appeler des "femmes respectables" de la middle-class anglaise. La première, vieille dame effacée que le veuvage vient de libérer d'un mariage trop ordinaire, s'apprête à goûter à la solitude altière et digne à laquelle son nouveau statut la prédispose. La seconde, matrone surprotectrice, a des idées bien arrêtées sur tout, et voit d'un oeil critique les noces de son fils Graham, conseiller bancaire séduisant et passablement narcissique, avec la disgracieuse Betty.
Mais voilà qu'un souffle libertin vient bousculer ce havre de respectabilité petit-bourgeois. Mrs Donaldson devient la logeuse de deux étudiants en médecine qui, en fait de loyer, offrent leurs ébats sexuels à ses regards voyeuristes. Quant à Mrs Forbes, il faut toute la ruse de son entourage pour lui camoufler les frasques de son fils, homosexuel non avoué, qui assouvit ses pulsions en louant les services d'un prostitué.
Fantaisie impertinente sur une libération sexuelle tardive et farce familiale se mêlent ici pour un régal de lecture impudique et subversive.


Ce que j'en ai pensé :

"So shocking !" est un titre pour ce livre qui colle parfaitement à ce que l'on va lire et qui a le mérite pour l'auteur ainsi que pour son éditeur d'attirer le regard (premier pas vers un possible achat ou un emprunt).
La couverture suggère et pose un décor très british, mais également démodé et daté. Elle intrigue et attire également. Faut croire que nous sommes tous très curieux et un brin voyeur…
En bref, l'objet livre est bien conçu, cependant cela a-t-il été suffisant pour pour me combler ?

Il est clair que sans jamais tomber dans la vulgarité, on aborde sans fard le monde de la sexualité.
Aujourd'hui voir un corps dénudé n'est plus choquant, après, tout est une question de contexte et de pose suggestive ou non. D'âge aussi !
Reste que ce livre n'est donc pas à glisser dans toutes les mains. Mais de là à en être choqué, j'avoue qu'il m'en faudrait beaucoup plus.
Et puis, Alan Bennett possède le don de nous faire sourire dans les moments où cela ne s'y prête guère en théorie. Humour anglais avec ses particularités que l'on aime ou pas. Il faut posséder une bonne dose d'esprit sarcastique et du recul. Cela me plait assez.
Ensuite, le sexe n'est pas réellement qu'un prétexte, mais plutôt un angle d'attaque. L'acte sexuel est aussi vieux que le monde, mais ses répercutions sur les liens qui unissent les Hommes ne sont pas insignifiantes. C'est cela qui intéresse Alan Bennett.

Ce qui est bien dans ce petit ouvrage, c'est que nous avons droit non pas à une histoire, mais deux.
Elles sont différentes et pourtant se rejoignent forcément. Les relations humaines et leur nature sont, par définition, le sujet de ces intrigues. L'auteur nous y ajoute quelques petits ingrédients et il mélange le tout avec sa petite sauce personnelle.
Cela donne un résultat pas déplaisant du tout que je ne regrette pas d'avoir lu. Je note une petite préférence pour la seconde histoire plus recherchée, plus travaillée et surtout plus alambiquée.
A découvrir sauf si vous êtes vraiment très très prude…


Et s'il fallait mettre une note :
14 / 20



Les bonus :

La fiche Wikipédiai d'Alan Bennett : http://fr.wikipedia.org/wiki/Alan_Bennett

mardi 27 mars 2012

Quelque chose en lui de Bartleby de Philippe Delerm


Le livre :

Quelque chose en lui de Bartleby de Philippe Delerm, aux éditions mercure de France, 14 € 50, 149 pages
Disponible aussi en version de poche, chez Flolio pour 5 €



Pourquoi cette lecture :

Ce n'est pas le premier ouvrage de Philippe Delerm que je lis. C'est même le troisième, si ma mémoire ne me joue pas des tours, à moins que cela ne soit déjà le quatrième ? Pfff peu importe je pense.
Si j'ai craqué pour ce titre, c'est que je l'avais noté, il y a un long moment déjà dans ma liste des livres à lire (ma wish-list donc), mais je n'avais pas encore eu le temps, ni même l'occasion de le faire.
Je me souviens encore du passage de Philippe Delerm dans mon émission littéraire fétiche du jeudi soir sur France 5 : "La grande librairie" et tout de suite, je m'étais dit : "Celui-là, il faudra que je le trouve !" (Rentrée littéraire 2009, cela commence à faire, mais les livres ne se périment pas !)
Voilà, c'est chose faite maintenant.


Le pitch :

Le jour où Arnold Spitzweg crée son blog, une petite révolution est en marche : l'employé de bureau discret jusqu'à l'effacement cède donc à la modernité mais sans renier ses principes.
Sur la toile, à contre-courant du discours ambiant prônant l'activité outrancière, il fait l'éloge de la lenteur et décrit l'inclination naturelle à la paresse. Contre toute attente, les écrits intimes d'Arnold Spitzweg résonnent avec force chez des milliers d'internautes : on le félicite, on le sollicite, on parle de lui à la radio... L'homme anonyme fait l'événement. Comment vivra-t-il cette subite notoriété?


Ce que j'en ai pensé :

Une lecture agréable comme souvent avec la plume de Philippe Delerm.

Ce n'est pas un roman à grand frisson, ni celui qui va vous tenir en haleine jusqu'à la dernière page. Cette lecture se fait simplement, délicatement, presque lentement.
On va partir à la découverte d'Arnold Spitweg qui est un homme assez solitaire, mais qui aime cela. Il a ses petits plaisirs, sa petite vie bien rangée et son emploi qui ne lui plait guère, mais qui lui permet de pouvoir s'adonner ensuite à ce qui lui plait vraiment dans la vie.
Ce réfractaire à la technologie et à l'informatique va un jour découvrir que l'univers des blogs, dont on parle tant dans les médias alors, n'est pas sans pouvoir lui offrir quelques satisfactions. Il se lance dans l'aventure et elle va le mener bien au-delà de toutes ses espérances.

On a ici le récit d'une solitude et dit ainsi, c'est clair, cela ne va pas vraiment vous encourager à lire ce livre et pourtant avec l'écriture de Philippe Delerm, ce qui parait ennuyeux ou peu intéressant le devient assez vite. Certes, votre coeur ne va pas battre la chamade, mais on se prend à observer sans mauvaises intentions, ni curiosité malsaine ce qui se passe dans la vie de cet homme, Arnold Spitweg. Il change une ou deux petites choses et vlan, c'est limite la révolution. Le voilà même un peu perdu et parfois contraint de faire machine arrière.
Philippe Delerm est le spécialiste des petites choses, des détails qui passent souvent à la trappe dans nos vies contemporaines si pleines (de vide avouons-le quand même, on brasse pas mal d'air pour pas grand chose) d'occupations, de responsabilités, de devoirs, de contraintes…

Cependant, malgré le plaisir de lire un roman signé Philippe Delerm, je sais déjà que ce livre n'est pas mon préféré de l'auteur. Je me suis sentie un peu moins happée par la vision du monde d'Arnold Spitweg que par les autres narrateurs rencontrés au fil de mes lectures.
C'est un bon ouvrage, mais pas mon favoris, c'est tout. La rencontre ne fut pas totale et je ne sais même pas si l'on peut véritablement expliquer ou non ce phénomène.

Le livre se lit rapidement, même si l'on prend son temps (ce que je recommande quand même). A vouloir aller trop vite, on passerai indéniablement à côté de quelque chose.
Je ne sais pas si dans quelques mois, il m'en restera beaucoup de traces en mémoire, mais c'est indéniablement le genre de roman qui laisse toujours une petite griffe dans un coin.


Et s'il fallait mettre une note : 13 / 20


Les bonus :

Une vidéo avec une lecture d'un passage du livre lu par Philippe Delerm lui-même :


Philippe Delerm vous fait la lecture par LEXPRESS


Une vidéo de l'auteur qui nous parle de son livre lors d'une rencontre avec des lecteurs (vidéo amateur) :


Quelque chose en lui de Bartleby - Philippe Delerm par mercuredefrance

dimanche 19 février 2012

G229 de Jean-Philippe Blondel


Le livre :

G229 de Jean-Philippe Blondel aux éditions Buschet Chastel, 14€50, 240 pages.
Disponible depuis peu en format de poche également, chez Pocket, 5€70, 158 pages.


Pourquoi cette lecture :

C'est le second ouvrage de Jean-Philippe Blondel que je lis en quelques mois. Le premier que j'ai dévoré et adoré même, n'est pas celui qui précède celui-ci, mais qui lui succède dans l'ordre de parution : "Et rester vivant". (Penser à publier mon billet rédigé depuis des mois sur ce livre-là, mais garder en réserve car à l'époque je ne pouvais pas en parler, c'était pour un jury littéraire)
Oui, pour une fois, je ne suis pas dans le bon ordre, mais ce n'est pas une saga donc cela ira très bien.
Vous l'aurez compris, la première raison qui m'a poussé à ouvrir ce livre, c'est parce que je connaissais déjà le style de l'auteur et que je l'avais particulièrement apprécié.

La seconde raison, c'était la disponibilité de "G229" dans le rayon des nouvelles acquisitions de la médiathèque. C'est toujours un coin que je surveille avec la plus grande attention quand ce n'est pas moi qui suggère les prochains achats… Ben quoi, on me demande mon avis, je le donne et en général après, j'ai de très bon retour.

La troisième et non des moindres, j'avais déjà repéré ce titre grâce à "La Grande librairie" (émission littéraire tous les jeudi soirs sur France 5 que je ne manquerai que pour cause de fin du monde) au printemps dernier… J'y trouve toujours pas mal d'inspiration même si je regarde aussi ailleurs. Je diversifie mes sources pour plus de richesse encore.

Mon tout a fait que j'étais furieusement alléchée pour me jeter sur un nouveau titre signé Jean-Philippe Blondel qui me fait l'amitié en plus d'être dans ma liste d'amis sur Facebook.



Le pitch :

" Je vous ai accordé une salle.
Une salle, vous savez, ça n'a pas de prix. C'est la 229, bâtiment G. G229. Allez chercher la clé chez la concierge. Bon, je crois que cet entretien est terminé. Nous nous croiserons souvent désormais. Bienvenue ici. " Je remercie le proviseur, mais il ne m'écoute déjà plus. Un proviseur, ça a beaucoup de choses à penser. Un prof, non.. Un prof, ça ne pense qu'à une chose, ses classes. Puis soudain, il est de nouveau là, présent.
Il me fixe. Il dit : " Le plus dur, dans le métier, vous savez, c'est de manier le on et le je. " Je réponds que euh, je ne suis pas sûr de comprendre. " C'est une institution, l'école. Vous entrez dans un bulldozer. Il faut arriver à en devenir membre sans perdre son individualité. Ce n'est pas aussi facile qu'on le croit, vous verrez. Le on et le je. Réfléchissez-y. Bonne chance ! "


Ce que j'en ai pensé : 


L'héroïne de cette histoire n'est pas banale, c'est une salle de classe !
Bon elle n'est pas toute seule sinon cela n'aurait aucun sens, je vous l'accorde bien volontiers, mais c'est bien elle qui donne son titre à ce roman/récit/témoignage : G229.
Elle marque un point de départ dans une réflexion plus ou moins profonde dans laquelle va se plonger l'auteur/héros.
Tout commencera un soir, par un tas de copies oublié dans la fameuse G229…

Une histoire de prof, cela ne pouvait que me toucher vu que j'ai bien failli embrasser cette carrière (heureusement j'ai su m'arrêter juste à temps pour l'Education Nationale et les élèves). Et puis, je suis mariée avec un ancien prof devenu proviseur (15 ans que le ministère de l'Education Nationale nous faire vivre, de plus en plus survivre, mais là, c'est un autre débat).
Bref, je baigne dans le monde de l'éducation au point de vivre dans un établissement scolaire ou tout proche (cela dépend où se trouve les logements de fonction) depuis plus de 6 ans.

"G229" est un ouvrage que par facilité, je vais classer parmi les romans, mais en fait, c'est un peu plus que cela. Petit par la taille, c'est un ouvrage qui va se lire assez vite, mais ne vous fiez pas à cette apparente facilité, la finesse des réflexions va côtoyer les souvenirs assez banals pour nous offrir au final un grand livre, pas si anodin que cela, plus profond qu'on ne l'aurait cru.
"G229" c'est donc aussi :
Le récit d'un prof d'anglais, assez quelconque ou tout au moins qui ne se démarque pas tellement du lot de prime abord. On a là un tableau de 20 ans de carrière dans un même établissement (ou presque).
Un témoignage du vécu de ce prof. Ce n'est ni un revendicatif à outrance, ni un soumis, c'est juste un homme qui essaie de faire passer son savoir et qui au fil des années a un peu perdu certaines de ses illusions (mais n'est pas complètement blasé non plus). Un homme, monsieur B. (Blondel pour ne pas le citer), qui se rend compte de la fuite du temps, des évolutions ou au contraire de tout ce qui ne change pas, reste immuable. 

Les chapîtres qui ponctuent ce livre sont de deux sortes :
Les "je" et les "on". (Voir le pitch pour comprendre. Ce dernier reprend lui-même un passage important dans le roman).
surtout ne vous inquiétez pas, c'est très facile à aborder, on y lit tout d'abord presque sans y faire attention et puis enfin, cette alternance nous frappe. Je dirais presque enfin car cette forme d'écriture renvoie à une des réalités du métier d'enseignant. Ne pas se perdre pour ne pas laisse sa foi en chemin. Avoir encore et toujours l'envie de partager, d'apprendre, de découvrir, de prendre, mais aussi de donner.

Le lycée est un lieu de vie avant tout. On aime ou pas, on s'y sent bien ou non, mais c'est un fait car l'ambiance qui y règne peut être aussi pesante parfois. D'ailleurs d'un établissement à l'autre, cette existence peut être assez différente.
Celle que connait monsieur B. est assez tranquille, routinière et classique, mais on ne se lasse jamais car "G229" est une succession de situations réelles qui nous parlent forcément un peu (Nos années lycée sont plus ou moins lointaines, mais quand même). Et puis, c'est écrit avec humilité, humour aussi. On sourit, on rit aussi, mais on peut également avoir la larme à l'oeil (oui comme dans le pays de Candy). Ce récit est celui de la vie, d'une vie qui en croise des centaines d'autres, pour ne pas dire milliers (avec toutes ces années). C'est humain, touchant et à lire autant pour se détendre que pour apprendre à voir l'existence sous un jour, un angle légèrement différent.
C'est clair, on aurait aimé avec monsieur B. , mais on a connu d'autres "spécimens" certainement pas moins intéressants !



Et s'il fallait mettre une note : 16 / 20


Les bonus :


La présentation du livre par l'auteur :


"G229" de Jean-Philippe Blondel par editionslibella

Le passage dans la "Grande Librairie" de Jean-Philippe Blondel pour "G229" =

vendredi 10 février 2012

L'art français de la guerre d'Alexis Jenni

Le livre :

L'art français de la guerre d'Alexis Jenni chez les éditions Gallimard, 21 €, 633 pages
Existe aussi en format livre électronique, version que j'ai personnellement lu sur ma liseuse.


Pourquoi cette lecture ? :

Il y avait longtemps (lol), mais voilà un ouvrage que je souhaitais lire avant même qu'il ne reçoive le précieux prix de l'académie Goncourt. J'avais encore une fois vu Alexis Jenni durant sa première télévision dans "La grande librairie" (émission littéraire que je suis chaque semaine, le jeudi sur France 5) en septembre 2011. J'avais ensuite lu quelques bons papiers dans "Le monde des livres" du vendredi (supplément du quotidien).
J'ai attendu mon heure et l'occasion car on ne se lance pas impunément dans la lecture d'un ouvrage aussi dense (enfin d'après ce qu'il parait). La guerre n'est pas véritablement un sujet que j'affectionne, mais je suis curieuse et j'aime découvrir sans cesse de nouveaux styles littéraires, de nouvelles plumes, de nouveaux auteurs. Là, il s'agit d'un premier roman et pas n'importe lequel toujours selon la rumeur.
Forcément, j'ai été faible, j'ai cédé aux chants des sirènes… (Oui, dans mon cas, cela fonctionne même si je suis une femme et que j'aime la gente masculine… Pourquoi ? Mais, je vous en pose moi des questions ?)


Le pitch :

J'allais mal; tout va mal; j'attendais la fin.
Quand j'ai rencontré Victorien Salagnon, il ne pouvait être pire, il l'avait faite la guerre de vingt ans qui nous obsède, qui n'arrive pas à finir, il avait parcouru le monde avec sa bande armée, il devait avoir du sang jusqu'aux coudes. Mais il m'a appris à peindre. Il devait être le seul peintre de toute l'armée coloniale, mais là-bas on ne faisait pas attention à ces détails. Il m'apprit à peindre, et en échange je lui écrivis son histoire.
Il dit, et je pus montrer, et je vis le fleuve de sang qui traverse ma ville si paisible, je vis l'art français de la guerre qui ne change pas, et je vis l'émeute qui vient toujours pour les mêmes raisons, des raisons françaises qui ne changent pas. Victorien Salagnon me rendit le temps tout entier, à travers la guerre qui hante notre langue.



Ce que j'en ai pensé :

Les pavés ne m'ont jamais effrayés, même lorsque j'étais enfant et alors toute jeune lectrice. Il faut juste que ces monstres de papier (ou numérique) soient un minimum captivants ou intrigants. Il faut que l'auteur parvienne à piquer ma curiosité, m'étonne au fil des pages, me tienne en haleine pour que je poursuive ma lecture. Bref, je suis comme vous, je suis et je reste une lectrice très ordinaire sans aucun doute.
Avec "L'art français de la guerre", je savais un peu à quoi m'attendre vu que pour une fois j'avais lu plusieurs critique dessus, cependant, le ressenti des autres lecteurs n'est jamais tout à fait le sien. Et puis, j'avais laissé s'écouler pas mal de temps avant de me lancer dans l'aventure, histoire aussi de ne pas être trop influencée par ces avis extérieurs. C'est donc avec une relative fraîcheur que j'ai abordé cette oeuvre.
Il fallait au moins cela pour ne pas sombrer dans un humeur trop sombre.

Le narrateur est un homme qui ne m'est pas franchement sympathique de prime abord. Il semble ne pas avoir de passé son présent est précaire, quant à son avenir, c'est sans doute un long passé (hommage une chanson).
Il est un brin feignant, a une vision de l'existence assez molle et ne brille pas par un trait de caractère particulier. Certes, il n'est pas sot, il lui arrive de se poser pas mal de questions, d'approfondir ces dernières en allant se documenter dans des livres (bon point), mais ce n'est pas le type d'individu qui pourrait m'attirer dans la vie quotidienne.

Le sujet, la guerre et tout ce qui peut s'y rapporter n'est pas non plus mon sujet de prédilection, mais au vu de la nature humaine, on est bien obligé de faire avec. Les conflits sont permanents, regardez les informations pour vous en convaincre. Hélas !!!! On veut toujours ce que possède l'autre et l'autre veut se obérer du joug du premier, ainsi s'explique les guerres coloniales dont il sera question dans cet ouvrage de poids (dans tous les sens du terme, surtout pour les lecteurs de la version papier).

L'autre personnage important du livre est Victorien Salagnon.
Un homme déjà âgé qui porte un lourd passé. Toute son histoire ou presque peut se découvrir au fil de ses dessins, mais aussi dans ses "mémoires". Il est beaucoup plus consistant que le narrateur, il possède une certaine épaisseur. Il en a tellement vu durant son existence aussi qu'il a couché cela sur le papier, à sa manière… Un façon bien personnelle de ne pas devenir fou, de garder les pieds, mais aussi l'esprit bien ancré sur terre.

Le style d'écriture m'a semblé un peu lourd. C'est peut-être l'accumulation (voulue) des répétitions ? Cela m'a donné l'impression parfois de suivre un cours avec la mise en avant de tous les éléments clés à retenir. C'est un peu lassant quand même à la longue.
En fait, j'ai alterné sans cesse l'envie de continuer ma lecture et celle de m'arrêter là. J'avais toujours envie de lire quelques pages, mais ensuite venait un peu de lassitude. Très étrange ce mélange de sensations, un peu comme nos deux personnages principaux : des opposés, des gens qui ne vont pas bien ensemble… Et qui pourtant se retrouvent.
L'alternance des chapitres donne un semblant de rythme à cette lecture qui est un marathon et non pas un sprint.
Il m'est arrivé ne plus trop bien savoir ce que je lisais et pourquoi je le lisais. Livre avec trop de longueurs, de digressions, de détails ? Fort possible et assurément probable pour la lectrice que je suis. Après avoir marqué une pause, j'ai pu aussi noté qu'au final cette richesse n'était seulement un handicap, mais plutôt une valeur ajoutée.
Il est clair qu'il faut prendre un peu son temps pour intégrer et digérer l'ensemble.

On se pose des questions, on cherche le sens de toutes ces guerres, on se demande si le prix à payer n'était quand même pas trop élevé (tant de victimes dans chacun des camps adverses), on tourne et retourne tout ceci dans nos têtes avec ce que nous savons déjà de ces 20 ans qui seront plus particulièrement passées au crible (1942-1962), on y mêle les éléments livrés dans l'ouvrage… Sans pour autant être satisfait du résultat final.

Rien de bien neuf sous le soleil, mais un premier ouvrage fort ambitieux qui pourra en décourager plus d'un. Je ne sais pas trop si je dois vous le recommander. Il ne s'adresse pas à un trop large public qui se lassera assez vite et qui ne saisira pas toute la portée de certains détails.
Feuilletez ce livre, voyez si vous sentez prêt à passer du temps avec le narrateur et Victorien. C'est une lecture qui engage forcément un peu…


Et s'il fallait mettre une note : 13 / 20



Les bonus :

Alexis Jenni vous présente son ouvrage "L'art français de la guerre" aux éditions Gallimard :
‪‪http://www.mollat.com/livres/alexis-jenni-art-francais-guerre-9782070134588.html‬



La réaction d'Alexis Jenni lors des résultats du prix Goncourt :



mardi 31 janvier 2012

La valse des gueules cassées de Guillaume Prévost


Le livre :

La valse des gueules cassées de Guillaume Prévost, chez 10/18 (collection Grands détectives), 7€50, 278 pages.



Pourquoi cette lecture ?

Il y a des auteurs que vous découvrez un jour, complètement par hasard et qui vous marque. A priori, ils ne sont pas tellement différents des autres écrivains, leurs thèmes sont plutôt courants, mais il y a un petit je ne sais quoi qui vous y fait revenir encore et encore.
Guillaume Prévost est de ceux-là avec en prime le fait que c'est mon mari qui avait lu avant moi son premier roman et qui me l'avait chaudement recommandé parce que justement pour une fois, il n'y avait pas d'âneries historiques dedans et que l'intrigue se tenait fort bien.

Ensuite, le hasard à bien fait les choses puisque j'ai eu l'occasion de rencontrer à plusieurs reprise Guillaume Prévost et de passer d'agréables moments en sa compagnie. Le courant passait bien et pas seulement à travers son écriture, c'est forcément un plus.
J'ai acheté "La valse des gueules cassées" lors de ma dernière visite au salon du livre de Paris en mars 2011 et revu par la même occasion son auteur. Il m'a reconnu alors que cela faisait 2 ans que nous ne nous étions pas vu, que j'avais coupé mes cheveux courts (je les avais alors fort longs avant) et minci de près de 25 kg. Pas mal quand même ?! Il s'est également souvenu que je devais lui écrire par mail, ce que je n'avais pas osé faire. Je ne vous dis pas comment je me suis faite houspillée (avec délicatesse tout de même). Et là, je suis carrément honteuse de lire son ouvrage si tardivement, mais que voulez-vous, je suis toujours avec un livre entre les mains, mais pas toujours le bon hélas…



Le pitch :

Printemps 1919. Exsangues, la France et ses cinq millions de soldats tout juste démobilisés n'en finissent pas de panser leurs plaies. Alors que Clemenceau négocie le traité de paix et que Landru se fait arrêter, un cadavre est découvert au sous-sol d'un hangar abandonné de la gare Montparnasse, le visage atrocement mutilé.
Cornaqué par l'inspecteur principal Robineau, héros de la Grande Guerre, François-Claudius Simon, jeune enquêteur à la brigade criminelle, lui-même rescapé des tranchées, se voit confier là sa première affaire. Bientôt, les meurtres se succèdent, suivant le même rituel macabre : non content d'exécuter ses victimes, l'assassin les transforme en «gueules cassées», ainsi qu'on nomme les poilus revenus du front défigurés. Pourquoi cet acharnement ? Pourquoi l'horreur après l'horreur, comme si le meurtrier voulait infliger aux autres ce que la guerre lui a fait subir ?
Derrière cette valse des gueules cassées, c'est un autre genre de danse, tout aussi macabre, que François-Claudius va découvrir, apprenant au passage qu'en matière de crime il ne faut jamais se fier aux apparences...



Ce que j'en ai pensé :

C'est déjà avec plaisir non dissimulé que j'ai ouvert ce livre. Je connaissais déjà l'écriture de Guillaume Prévost pour avoir lu deux de ses ouvrages auparavant et à chaque fois j'avais été ravie. Je suis partie très confiante et avec plein d'excellents souvenirs concernant notre dernière rencontre (la troisième déjà) au salon du livre de Paris en mars 2011.

Dès les premières pages de ce roman, "La valse des gueules cassées", j'ai pensé à une vieille série télévisée que je regardais avec entrain quand j'étais enfant : "Les brigades du tigre". Il existe également un film sorti plus récemment (2006) avec comme acteurs Clovis Cornillac, Diane Kruger…
Et oui, nous avons quoi ? 11 ans d'écart, nous sommes historien de formation tous les deux et donc forcément, il se peut que nous ayons pas mal de références culturelles en commun. 



La série donc je vous parlais juste un peu avant étant connue pour sa rigueur historique (autant que cela était possible). Et si je me permets d'être un peu légère et d'affirmer nos points communs, c'est qu'à chacune de nos rencontres au salon du livre à Paris, j'ai senti l'ouverture d'esprit de Guillaume Prévost et sa facilité à plaisanter. Et si j'osai une dernière (ou pas) affirmation, je dirai que c'est un formidable touche à tout (il a abordé des périodes historiques très différentes dans ses précédents romans), mais là, avec cette saga qui débute avec ce premier volet des aventure de François-Claudius, j'ai senti qu'il avait peut-être trouvé son saint Graal, "son précieux" (ref au "Seigneur des Anneaux") dixit Guillaume Prévost himself lors de notre ultime entrevue.
Après lecture complète de cet ouvrage, je pense qu'il a parfaitement raison… Mais cela n'engage que moi (pour le moment).

Guillaume Prévost décrit admirablement bien l'ambiance qui règne en 1919 dans les rues de Paris.
La guerre est finie ou presque. Tous les hommes ne sont pas encore revenus chez eux et il va falloir faire face à la difficile période de l'après-guerre. Rien n'est véritablement simple sauf peut-être pour quelques nantis, mais pour tous les autres… Il y a la pénurie, les blessés (les gueules cassées), les morts et donc tous ces bras qui sont perdus à jamais, les négociations pour le traité de paix (le fameux traité de Versailles)… Et en même temps, la France entre dans une nouvelle ère, celle de l'industrialisation et du progrès dans cette sortie de guerre. Tout est à faire, à refaire et les conditions ne sont pas les meilleures… Cependant, on innove pour soigner les blessés, les gueules cassées entre autre avec des prothèses inédites, mais pas seulement.
On voit par exemple l'importance que peut déjà prendre la police scientifique dans ce roman. On n'est pas encore dans les "Experts de Paris de 1919", mais quand même, c'est assez bluffant pour celles et ceux qui connaissent les séries. Encore un clin d'oeil de la part de Guillaume Prévost ? Possible, mais c'est aussi tout simplement une réalité historique. La science avance sans cesse et même si les moyens ne sont pas encore ceux que l'on connait, force est de constater que quand même, c'était déjà une énorme avancée.
Vers la fin de l'ouvrage, vous trouverez encore d'autres allusions à des héros connus de nous tous via une série de films, mais je n'en dirai pas plus, lisez pour savoir de qui il s'agit !!!! (Je suis au moins aussi machiavélique que lui ou presque).

Dans "La valse des gueules cassées", on trouve une belle galerie de portraits et l'un de ceux qui va le plus nous intéresser, c'est celui de François-Claudius (le héros récurent de cette saga naissante).
C'est un jeune homme qui est revenu des tranchées un peu plus tôt que d'autres car il a été blessé. Il garde des séquelles de ce passé militaire pour défendre la  mère patrie : des migraines affreuses. Mais il a, hélas, d'autres cicatrices qui sont plus anciennes et néanmoins encore vives. Je préfère ne pas trop en dire et vous laissez le soin de découvrir tout cela durant votre propre lecture car oui, je vous recommande vivement ce roman qui mêle habillement la réalité historique d'une époque donnée et des intrigues policières.

Un style d'écriture qui devrait convenir à un large public car même si l'ouvrage est écrit par un authentique historien (professeur de son état), ce n'est pas un cours que l'on vous propose ici (bien que chaque élément s'intègre avec précision et pédagogie même), mais bel et bien un divertissement qui se veut instructif en même temps. Oui, on peut apprendre pas mal de chose tout en prenant du bon temps et c'est même ainsi que l'on les mémorise le mieux donc ne vous privez pas.

Comment cela vous n'êtes pas encore chez votre libraire ? Oust et plus vite que cela !!!!!!


Et s'il fallait mettre une note : 17/ 20



Les bonus :

Un portrait de Guillaume Prevost par lui-même, c'est encore mieux et c'est en vidéo ici : http://www.versailles.fr/outils/versailles-tv/video/guillaume-prevost/