Affichage des articles dont le libellé est Roman autobiographique. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Roman autobiographique. Afficher tous les articles

lundi 2 novembre 2015

Rien ne s'oppose à la nuit de Delphine de Vigan




Le livre : 

Rien ne s'oppose à la nuit de Delphine de Vigan aux éditions JC Lattès, 436 pages, 20 € 00.



Pourquoi cette lecture : 

Un autre ouvrage qui était en attente depuis des lustres dans mes rayonnages et que j'ai eu envie de sortir de sa zone d'attente. La sortie du nouveau Delphine de Vigan y est peut-être aussi pour quelque chose...



Le pitch : 

Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l'écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre. Aujourd'hui je sais aussi qu'elle illustre, comme tant d'autres familles, le pouvoir de destruction du verbe, et celui du silence.



Ce que j'en pense : 

Histoire personnelle, de famille, mais écrite de manière pudique, avec style, sans recherche du déballage de linge sale en place publique, mais plus dans celle de la compréhension. 
Le lecteur n'est pas voyeur, il s'implique, se sent lui-aussi pris dans ce mouvement de réflexion et de questionnement avec néanmoins un devoir de réserve et d'écoute. Il est comme un confident attentif, qui ne dit mot, mais rassure par sa simple présence. 

On suit l'avancée de ce travail de fourmis pour retracer aussi précisément, aussi fidèlement que possible la vie de cette famille, si proche et si loin. Le labeur coûte à l'auteur et il est pourtant nécessaire. Impossible d'y échapper. 
On souffre avec elle, on est plein d'empathie.
Le style est là, bien présent alors que peut-être on aurait été plus enclin à l'indulgence s'il avait été absent. Toutefois, cette présence sert le texte et son contenu car il leur évite bien des écueils. 

Un ouvrage fort qui peut laisser des traces. 



Et s'il fallait mettre une note : 13 / 20



vendredi 14 novembre 2014

Sukkwan Island de David Vann






Le livre : 

Sukkwan Island de David Vann aux éditions Folio, 231 pages, 6 € 80.



Pourquoi cette lecture : 

"Sukkwan Island" est encore un livre que j'avais découvert en visionnant "La grande librairie", un jeudi soir sur France 5 (il y a quelques années déjà, 2010), mais j'ai vraiment eu envie de le lire après une réunion de lecteurs à la médiathèque de Chamonix Mont-Blanc ayant pour thème les auteurs du Montana. Il est certain que l'on a un peu élargie cette définition, mais c'était le point de départ en tout cas. On ne le dira jamais assez, mais les échanges avec les autres lecteurs (en réel ou de manière virtuelle grâce à la Toile), c'est fantastique et cela déclenche en vous toujours de nouvelles envies de découvertes. En tous cas, chez moi, cela fonctionne à 200% ! 

David Vann était un inconnu pour moi avant ce titre. 
Ecrivain américain, né en 1966 en Alaska, c'est assez naturellement que "Sukkwan Island" trouve son intrigue située sur une île sauvage du Sud de l'Alaska. On écrit toujours mieux sur ce que l'on connait bien et les thèmes que l'on maîtrise. Les exceptions se comptent sur les doigts d'une main ou alors, c'est au prix d'énormément de travail en amont de la phase d'écriture. 
Bien qu'il ait déjà écrit et été publié avant "Sukkwan Island", c'est cet ouvrage qui va sans doute le faire le plus connaître car il a été couronné en novembre 2010 par le prix Médicis étranger. La médiatisation qui va suivre lui sera très favorable, plus efficace encore que le bouche à oreille.



Le pitch : 

Rien que la quatrième de couverture devrait vous mettre l'eau à la bouche, même si vous n'êtes pas des fervents lecteurs des ouvrages édités en général par la maison d'édition Gallmeister (spécialisée dans le Nature Writing et maison d'édition au départ de ce titre) : 

Une île sauvage du Sud de l'Alaska, accessible uniquement par bateau ou par hydravion, tout en forêts humides et montagnes escarpées.
C'est dans ce décor que Jim décide d'emmener son fils de treize ans pour y vivre dans une cabane isolée, une année durant. Après une succession d'échecs personnels, il voit là l'occasion de prendre un nouveau départ et de renouer avec ce garçon qu'il connaît si mal. La rigueur de cette vie et les défaillances du père ne tardent pas à transformer ce séjour en cauchemar, et la situation devient vite incontrôlable.
Jusqu'au drame violent et imprévisible qui scellera leur destin. Sukkwan Island est une histoire au suspense insoutenable. Avec ce roman qui nous entraîne au coeur des ténèbres de l'âme humaine, David Vann s'installe d'emblée parmi les jeunes auteurs américains de tout premier plan.



Ce que j'en pense : 

Je savais que beaucoup de cette histoire était autobiographique. Je l'ai su en écoutant David Vann en parler sur le plateau de François Busnel pour "La grande librairie" (vive les vidéos du web), mais aussi en lisant un article publié sur "Sukkwan Island" dans le monde (archives). Jugez plutôt : 
"Dans le roman, le fils s'appelle Roy et le père Jim, diminutif de James. Comme dans la dédicace : "A mon père, James Edwin Vann, 1940-1980". James Vann, père de David donc, aimait les femmes, la pêche et la chasse. Quand son fils est né, il était dentiste sur une base américaine au milieu de nulle part, une île du nom d'Adak à l'extrême ouest de l'Alaska. La famille s'installe ensuite à Ketchikan, une petite ville de l'autre côté de l'Etat américain, près de la frontière canadienne. Mais James Vann est un homme infidèle. Les parents se séparent, le père reste dans ces froides contrées tandis que la mère, David et sa soeur s'installent en Californie.
L'enfant aussi aime la pêche et la chasse. Il rejoint son père tous les étés, attrape des saumons plus grands que lui. Un jour, alors qu'il a 13 ans, son père lui propose de venir passer une année en Alaska. Il refuse. Quinze jours plus tard, il est à la plage avec sa mère et sa soeur lorsque la famille reçoit un coup de fil : son père s'est tué d'une balle de pistolet.
Pendant quinze ans, David Vann sera insomniaque. La honte et la culpabilité le rongent. Son entourage ne lui est pas d'un grand secours psychologique : sa mère lui a offert les fusils de chasse de son père ! Il n'a pas vu la dépouille de son père, raconte autour de lui qu'il est décédé d'un cancer. "Je me sentais sale", dit-il avec le recul.
David Vann avait 19 ans lorsqu'il a entrepris le récit de ce traumatisme." (Sources : Le Monde des livres, article publié le 25/06/2010 et mis à jour le 08/11/2010)
Pour en apprendre un peu plus sur l'auteur, je vous conseille sur site : http://www.davidvann.com/

Ce livre est donc celui qui fut une souffrance pour son auteur. Il mit des années à l'écrire, à le réécrire. Il l'a recommencé moult fois car jamais il ne lui convenait. Et puis un jour, il a su trouvé les mots. Cela ne s'explique pas. Le livre s'est offert à lui et David Vann nous propose de partager un peu de sa vie, de son expérience à travers ce récit romancé.
Cela nous est plus facile à nous qu'à lui, au début en tout cas. 

Le style est fluide, on se laisse porté par les paysages, la prose légère de l'auteur qui contraste avec l'ambiance, les relations qui lient Roy à son père. 
Les 112 premières pages sont assez linéaires et c'est cette mythique page 113 qui fait tout basculer. Tout le monde ou presque en a parlé. C'est là le tournant du roman car auparavant, la situation est tendue nerveusement, mais comme cela peut l'être aussi entre un père qui connait relativement peu son fils, qui lui, rentre en plein dans l'adolescence.
Je puis bien l'avouer maintenant, le retournement de situation ne m'a pas véritablement surprise. Est-ce parce que justement j'ai trop entendu dire que c'était horrible, que c'était à couper le souffle ? C'est bien possible. Reste que c'est un moment clef pour le récit. On passe à autre chose ensuite. 

Il parait que la seconde partie se lit d'un trait et pourtant là encore je me suis démarquée car j'ai coupé ma lecture en deux soirées. Cependant, oui, je confirme qu'il faut avoir parfois le coeur bien accroché. On n'est plus dans "Oui-Oui Land" ! C'est d'ailleurs cette seconde partie qui pourrait attirer des lecteurs qui ne se seraient point intéressés à ce titre. Je pense par exemple aux amateurs de sensations fortes, aux forcenés qui enchainent les lectures de thriller. ils devraient y trouver leur compte.
On est bousculé, parfois mis à mal, un peu comme le personnage qui va occupé presque l'intégralité de la seconde partie du roman. On s'en sortira bien mieux que lui, mais quand même, on ne peut pas rester de marbre. Le style est alors cru, efficace et David Vann sait fait mal avec quelques mots seulement, mais aussi captiver notre attention jusqu'à l'ultime ligne de "Sukkwan Island".

Un détail pourra vous surprendre. Les dialogues ne sont absolument pas signalés par la ponctuation et les échanges entre les protagonistes sont insérés dans la corps du texte.  Je vous rassure, on s'y fait très vite et fort bien. 

Un ouvrage que je déconseille aux personnes sensibles, fortement dépressives. C'est fort, brutal et peut déstabiliser. Ce n'est donc pas un livre à glisser entre toutes les mains, mais à lire, à découvrir tout de même pour tous les autres. 





Et s'il fallait mettre une note : 17 / 20 


vendredi 4 novembre 2011

Ces vies-là d'Alfons Cervera






Le livre :

Ces vies-là d'Alfons Cervera, aux éditions de La contre allée, 217 pages, 18€50.


Pourquoi ce livre ?

Je suis une amoureuse des livres, de la lectures et des découvertes que je peux faire au fil des pages. Je me sens alors l'âme d'une exploratrice (pas moins !).
Je suis curieuse (et pour une fois, ce n'est pas un vilain défaut à mon sens) et si je peux parfois me permettre de sortir des sentiers battus de la littérature en partant à la découverte de nouvelles maisons d'éditions et donc d'auteurs, je fonce !
C'est avec joie donc que je participe avec le site Libfly à l'opération : Un éditeur se livre. C'est la quatrième édition et l'aventure est toujours aussi belle car on déniche alors parfois des perles (pour peu que la ligne éditoriale nous convienne) qui sont un peu trop bien cachées du grand public. Il s'agit donc d'une lecture réalisée en partenariat, mais avec une totale liberté d'expression.


Le pitch :

« Elle aurait voulu que nous n’assistions pas à son inquiétante apathie, au présage sans remède d’un final de dévastation. Qui s’accompagne, et elle n’échappait pas à la règle, d’une ineffable vocation pour la cruauté. Le terrain des détails domestiques constitue le champ de bataille où s’affrontaient ses forces à elle et celles des autres. À elle.
Elle, c’est ma mère, elle était en train de mourir depuis qu’un an auparavant elle avait fait une chute dans les escaliers et commencé à mourir de peur. Juste de peur. La tumeur allait venir plus tard, comme viendraient plus tard les papiers qui parlaient de la condamnation de mon père à une peine de prison, dont je n’ aurais jamais soupçonné l’existence. »


Ce que j'en pense :

Le livre que j'ai eu entre les mains était sobre, à la couverture légèrement rugueuse. Pas de belle photo, d'illustration ou de papier glacé puis cartonné. Non, juste une reliure presque brute, minimaliste qui m'a semblé parfaite après avoir lu les deux premiers chapitres.
Le genre autobiographique est porteur (vendeur - il joue sur le côté voyeurisme qui sommeil en chacun de nous même si l'on s'en défend) même si bien avant cette avalanche de titres actuels, on lisait tout autant de récits possédant une large part véridique et personnelle de leur auteur. On le disait, mais à demi-mot, on restait pudique, on laissait un voile transparent. Aujourd'hui, on communique essentiellement sur ce point.
Bon dans ce roman autobiographique donc, rien d'impudique ne vous sautera aux yeux (pas de révélations sulfureuses en vue), rassurez-vous, on est dans une demi pénombre, celle de la fin d'une vie qui en bouleverse une autre.

Il ne faut pas être allergique au mode pavé, non pas que ce livre soit trop imposant avec 217 pages, mais en revanche, les chapitres sont écrits d'une traite, sans aucun retour à la ligne. C'est assez dense, contact, un peu comme le résumé d'une existence justement qu'il est bien difficile de rendre sur papier. 90 ans, c'est long, mais court également. D'ailleurs la richesse d'une vie ne se mesure pas en années, mais de part son contenu.
Teresa est maintenant partie, mais elle reste encore là. Elle est plus présente que jamais dans l'esprit de l'un de ses fils, deux semaines après sa mort.

A noter, j'ai même eu un chapitre entier sans aucune ponctuation, là c'était limite trop. L'indigestion m'a guetté, mais heureusement cela n'a point duré.
Déjà que l'auteur mélange les lieux, les moments de vie de chacun entre le passé, le présent… Il faut s'accrocher un peu.
Son style n'est pas mauvais, mais on ressent bien toute la confusion qui règne en lui après cette perte. Pour un peu, on est dans "Chronique d'une mort annoncée" que je n'avais pas vraiment aimé (je parle du livre, pas du film). Alfons Cervera se répète, revient sur des éléments déjà vu. Je pense que l'ouvrage aurait gagné à être plus court encore car il lasse un peu le lecteur. Au lieu de devenir sympathique, on envie de le secouer un peu. Oui, c'est dur de vivre justement des moments comme cela, oui, le passé peut nous péter à la figure, mais la vie continue. Alors vous me direz que chacun a sa "méthode" pour faire son deuil et je serais entièrement d'accord avec vous, mais là, on est dans un ouvrage qui est destiné à être lu donc cela me fait sans doute plus réagir.

Voilà un ouvrage traduit de l'espagnol qui a pour cadre en partie une ville que je connais assez bien pour y avoir effectué mes études universitaires : Grenoble.
Sans doute est-ce un avantage pour moi car je visionne parfaitement le jardin de ville, la maison de Stendhal avec sa terrasse et sa treille et bien d'autres coins et recoins. Ce qui n'en n'est pas un en revanche, c'est ma mauvaise connaissance de l'oeuvre de l'auteur classique. J'ai mes bases, mais guère plus. Heureusement, les allusions restent humaines essentiellement ou portent sur les plus grands de ses classiques donc je maîtrise encore.

Reste que la lecture de ce livre n'est pas évidente. Non pas que le style fut difficile comme je l'ai déjà évoqué, mais disons que cette fois-ci le thème n'est pas novateur (L'auteur le reconnait volontiers lui-même dans un passage sur l'écriture, les livres et la lecture) et même cet ouvrage peut vous "plomber" un brin le moral. Le récit du décès d'un proche (même d'autrui), en général, cela ne vous incite pas à aller faire la fiesta ?
Et puis, cette présentation peu aérée du texte lui-même induit une lourdeur que l'on ressent déjà dans les propos de l'auteur qui n'éprouve pas que de la haine pour la mort. Il se traine comme un boulet parfois. Il revient sur les 18 derniers mois de sa mère et là aussi c'est lent, pesant, car elle décline, elle s'enlise avant de s'éteindre. Bref, une fin de vie peu reluisante (y en a-t-il d'ailleurs ?) En cela, on éprouve bien les mêmes sensations qu'Allons Cervera. On est lourd, on se traine aussi. Les pages se tournent, mais lentement, au rythme de cette agonie qui semble choisie par la victime elle-même, Teresa.

Il sera question de beaucoup de choses dans cet ouvrage écrit durant un voyage de quelques jours en France d'Alfons Cervera.
On y parlera de la mémoire, des tours et détours qu'elle peut prendre.
On y parlera des maisons et des trésors qu'elles renferment, mais aussi de tous ces objets inutiles depuis des lustres et que l'on garde, entassés pour quel usage ? Pour qui ? On ne sait plus vraiment, mais on les garde, ils rassurent, ils sont l'âme de la demeure comme le soulignera alors l'auteur.
On y parlera de maladie, de la peur.
On y parlera aussi du temps, des temps, celui que l'on mesure et ceux qui nous échappent.
On y parlera de la mort, ce terme de la vie sur terre. Le titre même de l'ouvrage fait références encore à l'existence, à celles de ces êtres chers, mais déjà on sent qu'ils ne sont plus.
D'ailleurs je pense que l'auteur se préoccupe beaucoup de sa propre disparition sans vraiment y penser. C'est assez logique, il se retrouve seul, ses parents sont décédés maintenant et donc dans la logique des choses, le prochain sur la liste, c'est lui-même. On se pose alors beaucoup de question sur cet aboutissement qu'est la mort. On le craint car on ignore ce que cela implique réellement. Le néant ? Autre chose ? C'est l'inconnu et surtout c'est la fin de notre vie qui même si elle n'est pas parfaite, nous tient à coeur !

Voilà donc une lecture qui ne conviendra pas au gens pressés, à celles et ceux qui ne connaissent pas la lenteur, celle que l'on nous impose parfois et qui nous broie. C'est un livre qui m'a touché car je connais hélas la maladie d'un proche (mon père), la lente descente aux enfers d'un autre encore plus proche (mon grand-père).
Certaines phrases ont trouvé un écho en moi et pas seulement parce que la géographie de Grenoble n'a pas beaucoup de secret pour moi (mais cela a été indéniablement un plus).
Je ne peux pas dire que cette découverte littéraire m'a laissé de marbre. Elle ne m'a pas réjouie dans le sens où j'ai un peu cafardé à chaque fois que j'en lisais une partie, mais elle ne m'a pas non plus déplu. Je suis très mitigée et pour la noté, je reste embêtée.
Je crois que je suis aussi confuse que peut l'être ce livre.


Et s'il fallait mettre une note : 10 / 20




Les bonus :

La fiche biographique de l'auteur, Alfons Cervera :
http://www.lacontreallee.com/auteurs/alfons-cervera