mardi 9 décembre 2014

Trois oboles pour Charon de Franck Ferric



Le livre : 

Trois oboles pour Charon de Franc Ferric aux éditions Denoël (collection Lunes d'encre), 301 pages, 20 € 50. 
- Disponible depuis le 16 octobre 2014. 



Pourquoi cette lecture : 

Il s'agit d'un partenariat avec les éditions Denoël. 
Ce titre, je l'ai choisi dans leur catalogue parce que sa quatrième de couverture m'avait intrigué. L'évocation d'un Highlander et de la mythologie grecque ont fait mouche aussi dans mon imaginaire. Bref, je voulais en savoir plus...



Le pitch :

Pour avoir offensé les dieux et refusé d'endurer sa simple vie de mortel, Sisyphe est condamné à perpétuellement subir ce qu'il a cherché à fuir : l'absurdité de l'existence et les vicissitudes de l'Humanité. Rendu amnésique par les mauvais tours de Charon - le Passeur des Enfers qui lui refuse le repos -, Sisyphe traverse les âges du monde, auquel il ne comprend rien, fuyant la guerre qui finit toujours par le rattraper, tandis que les dieux s'effacent du ciel et que le sens même de sa malédiction disparaît avec eux.
Dans une ambiance proche du premier Highlander de Russell Mulcahy, Trois oboles pour Charon nous fait traverser l'Histoire, des racines mythologiques de l'Europe jusqu'à la fin du monde, en compagnie du seul mortel qui ait jamais dupé les dieux.



Ce que j'en pense : 

L'approche de ce livre va se faire à travers le prisme du mythe de Sisyphe. Pour mémoire : 

Dans la mythologie grecque, Sisyphe, fils d’Éole et fondateur de Corinthe, a dénoncé Zeus qui avait enlevé une jeune vierge, fille d’Asope. Pour le punir, Zeus l’a condamné à pousser éternellement un rocher au sommet d’une montagne sans jamais y parvenir : à peine Sisyphe est-il arrivé près de son but que le rocher roule vers le bas, et tout est à recommencer...

Cette fois cependant sous la plume de Franck Ferric, son châtiment est un peu différent, mais pas moins cruel. Il n'est pas immortel, mais sitôt que la mort se saisit de lui, il doit revivre sans jamais connaître la paix. Une souffrance sans fin. 

Telle des nouvelles qui se succèderaient, on voit Sisyphe traverser les époques. On a bien quelques petits intermèdes, mais je n'en dirai pas plus car ce sont sans doutes ces passages qui m'ont le plus interpellé et passionné. 
N'étant pas une experte dans ce style de littérature, je me suis laissée porter par le récit sans me perdre dans des considérations que je ne maîtrise pas. 

L'auteur a su me faire apprécier le genre grâce à sa maîtrise de la "novellisation"de toute l'intrigue. Autre avantage, on ne se lasse pas. On renaît nous aussi. 
Intéressant, curieux et bien maîtrisé, cet ouvrage est un o.v.n.i littéraire pour moi tout en étant  assez familier. 
En un mot, ce fut une expérience déroutante, mais loin d'être désagréable. 


Et s'il fallait mettre une note : 13 / 20



lundi 8 décembre 2014

Cassio Tome 1, le premier assasin de Desberg et Reculé



Le livre : 

Cassio tome 1, Le premier assasin de Stephen Desberg et Henri Reculé aux éditions Lombard, 48 pages, 12 € 00.
Existe en format numérique et consultable sur Youscribe (abonnement). 



Pourquoi cette lecture : 

J'aime la BD, vous le savez depuis longtemps. Je recherche toujours de nouveaux titres, sujets, sagas comme si j'avais peur d'être en manque un jour, mais aussi par simple goût et curiosité (la bonne). 



Le pitch : 

145 après J.-C. Lucius Aurelius Cassio, un des hommes les plus riches et les plus influents de Rome, est victime d'une conjuration. Au coeur de sa propre demeure, quatre assassins masqués le frappent de leur poignard. Près de deux mille ans plus tard, l'enquête commence. L'archéologue Ornella Grazzi découvre des parchemins de la main de Cassio. Elle cherche, page après page, à dévoiler les visages des quatre meurtriers. 
Et bientôt, une figure étrange, puissante, surgit lentement du passé. Cassio. Sa mort. Et sa vengeance.



Ce que j'en pense : 

Passé et présent vont se mêler. J'aime assez le fait de naviguer ainsi, un peu comme si nous avions une machine à voyager dans le temps. Et puis les fouilles, l'archéologie, ça me parle même si je n'en n'est pas fait vraiment sous cette forme. Mes études d'Histoire m'ont fait faire maintes recherches... Et c'est ce qu'a fait la belle Ornella Grazzi avant d'aller sur le terrain. Après, c'est un peu plus folklorique. On ne traduit que rarement aussi précisément des rouleaux de papyrus comme cela au moment de leur découverte. Tout comme on ne manipule pas ces derniers ou tout autre objets trouvés aussi abruptement (même si un peu plus loin, on retrouve des méthodes plus conventionnelles). Mais il faut bien qu'on avance dans l'intrigue. 

Après on retrouve certaines vérités de l'époque : la vie des esclaves n'est rien, la violence et le raffinement de cette civilisation dont nous avons beaucoup hérité. 
La décadence n'est plus si lointaine non plus. La corruption, les complots, les jeux de pouvoir... Tout y est. 

Le graphisme est pas mal, en tout cas, parfaitement acceptable pour ma part. J'ai noté que le personnage d'Ornella Grazzi ressemblait fort à Pocahontas (version Disney). Simple hasard je pense, mais cela m'a fait sourire. 
Belles couleurs et scénario intéressant. 

C'est avec plaisir que je lirai la suite de ce premier tome. 



Et s'il fallait mettre une note : 14 / 20


vendredi 5 décembre 2014

Quand j'étais petit (C'était avant) de Philippe Nessmann



Le livre : 

Quand j'étais petit (c'était avant) de Philippe Nessmann aux éditions Palette, 200 pages, 13 € 90.


Pourquoi cette lecture : 

Voilà un ouvrage reçut dans le cadre de l'opération Masse Critique spéciale jeunesse de la communauté de lecteurs Babelio. 


Le pitch : 

C'est avec nostalgie que Philippe Nessmann nous parle de sa jeunesse en 140 petites phrases. Telles de petites madeleines de Proust, l'auteur nous fait partager ses souvenirs d'enfance pour mieux réveiller ceux du lecteur. Grâce à une mise en page très graphique signée Jean-François Martin, ce livre s'adresse à toutes les générations. De nombreux thèmes sont traités comme le train, la voiture, les vacances, l'école, les jeux, la télévision, le téléphone, l'informatique, la vidéo, la maison, la santé. 
Ce petit livre brosse avec douceur et légèreté le portrait de quelques générations d'enfants qui une fois adultes deviennent les témoins du progrès technique, de l'évolution de la société, des nouvelles habitudes et préoccupations.


Ce que j'en pense : 

Ce livre m'a fait penser à "La première gorgée de bière. Et autres plaisirs minuscules" de Philippe Delerm. C'est vraiment un condensé de petits plaisirs de la vie d'antan (cela ne remonte pas non plus au temps des dinosaures !), celui que les moins de 20 ans (et même de 30 ans, ça ça fait mal à écrire !!) n'ont pas ou si peu connu. 

Courtes phrases qui commencent toujours par le : quand j'étais petit... Des images fortes en couleurs me reviennent en tête (le jaune, le vert, le rouge de nos sous-pulls, les tricots jacquards...), des matières (velours côtelé, la laine qui gratte...), des parfums, des odeurs (colle Cléopâtre en pot, feuilles polycopiées qui sentent l'alcool à brûler...), des saveurs, des sensations, etc... 
Le livre se dévore. C'est une madeleine de Proust, mais si certaines choses étaient mieux avant, on possède aujourd'hui un confort, des avancées technologiques, sanitaires et autres loin d'être désagréables. Reconnaissons le. 

Ma fille aînée de presque 12 ans veut le lire pour mieux se rendre compte de l'enfance de son papa et de sa maman. Je pense qu'on va ensuite pouvoir échanger et rire aussi beaucoup. 
C'est un livre souvenir et découverte. Parfait pour les cadeaux de fêtes de fin d'année. 



Et s'il fallait mettre une note : 14 / 20


jeudi 4 décembre 2014

Le château des étoiles, 1869 : La conquête de l'espace d'Alice Alex



Le livre : 

Le château des étoiles, tome 1 : 1869, la conquête de l'espace d'Alex Alice aux éditions Rue de Sèvres, 64 pages, 13 € 50.



Pourquoi cette lecture : 

C'est un partenariat que j'ai choisi dans le catalogue de Gilles Paris. 
Pourquoi ? 
J'aime la BD, les éditions Rue de Sèvres ont toujours des albums d'une qualité rare et la thématique me plaisait vraiment. 



Le pitch : 


A la fin du XIXe siècle, la communauté scientifique pense l’espace fait d’éther, qui, utilisée comme énergie, permettrait d’explorer le ciel. 1868, Marie Dulac, scientifique qui a consacré sa vie à la recherche de l’éther, s’élève en montgolfière pour ce qui doit être le vol du succès : elle atteindra l’éther... mais personne ne pourra en attester, elle ne survivra pas au vol. Seuls son mari, également professeur, et son fils Séraphin, restent détenteurs de ses recherches et de son savoir. 
Un an plus tard, Séraphin et son père reçoivent une mystérieuse lettre faisant allusion au carnet de la mère de Séraphin les invitant au château du roi de Bavière. Celui-ci, fou ou visionnaire, financera les recherches sur l’éther. En parallèle, Bismark, prince de la Prusse voisine, fera tout pour placer le royaume de Bavière sous sa tutelle. Dans ce 1er tome, Séraphin, son père et leurs alliés construiront l’éthernef et commenceront à percevoir les plans de Bismark.



Ce que j'en pense : 

Cette fin du XIXème est pour moi l'époque de tous les possibles. J'adore les récits qui prennent pour trame cette époque. Je suis donc un peu conquise d'avance par l'intrigue qui mêle mystère, découvertes scientifiques, aventure... 
Et ce ne sont pas les planches que l'on peut lire dans cette BD qui vont me repousser. Les dessins sont magnifiques !!! On dirait presque des aquarelles, des dessins à l'ancienne. C'est fin, c'est coloré avec des tons pastels ou un peu délavés, cela a un charme fou, une âme. 
On y retrouve une trace d'inspiration japonaise (studio Ghibli) à mon sens, même si c'est classique dans les lignes. 



Il y a des sentiments exprimés par et pour ce récit. Les sources d'inspiration sont clairement définies dans une présentation avant l'intrigue elle-même, elles sont celles de tous les gamins rêveurs que nous avons été un jour. Et puis il y a la folle imagination de chercheurs, de savants... 

Le scénario n'est pas complètement novateur (plutôt très classique), mais tellement bien mené que l'on suit. On se laisse prendre par l'histoire. On est transporté et on croit de nouveau à ce qui n'est pas possible, on retrouve notre crédulité d'enfant, on retrouve aussi ce qui est une force incroyable : ne plus avoir d'autre limite que nous-même. 

Les protagonistes sont imaginaires et réels. Retrouver Sisi dans ces pages ne me surprend guère. Sa personnalité et celle de son cousin s'y prête parfaitement. 

J'ai oublié la réalité durant ma lecture. Et même après que j'ai refermé cet album, j'avais encore dans la tête et devant mes yeux des images fantastiques. 


Et s'il fallait mettre une note : 16 / 20 





mercredi 3 décembre 2014

Le plus beau pays du monde et autres nouvelles de Simon Van Booy



Le livre : 

Le plus beau pays du monde de Simon Van Booy aux éditions Autrement, 171 pages, 16 € 00.



Pourquoi cette lecture :

C'est un partenariat que j'ai choisi dans le catalogue des éditions Autrement qui publient généralement des ouvrages un peu différents au niveau des romans. J'aime cela, cela m'attire !



Le pitch : 

"Ce jour-là, George Frack reçut une lettre. Elle venait de très loin. Sur le timbre : un oiseau. Il commença par penser qu'elle lui avait été délivrée par erreur." Il ne pouvait détacher son regard de ces quelques lignes. Lui, George Frack, père d'une fillette suédoise de six ans ? Impossible. Et pourtant... 

Après L'amour commence en hiver et Outre-Atlantique, ces nouvelles confirment le talent poétique de Simon Van Booy, son sens aigu du détail et la tendresse délicate de son écriture.


Ce que j'en pense : 

"Chaque matin peut être le début de ta vie... Tu as des milliers de vies mais chacune dure une journée."
Une phrase tirée de ce recueil de nouvelles, une phrase qui m'a marqué, m'a touché car effectivement c'est une bonne façon de voir l'existence. Rien n'est jamais terminé. Tout est permis et chaque vie porte en elle un champ de possibilités énorme. 
C'est beau et véridique pour peu qu'on ne se bouche pas les yeux et qu'on veuille y croire.  

La seconde nouvelle m'a laissé plus perplexe. 
L'histoire est bonne, pas novatrice, mais assez universelle pour toucher un large public. Reste que les protagonistes m'ont donné à ressentir des sentiments très partagés. J'ai oscillé entre attendrissement et agacement. Ceci dit, je ne suis pas restée de marbre et il n'y sans doute rien de pire donc...

La parentalité au cœur de ces histoires. Le regard de l'enfant ou de l'adulte qui se souvient d'avoir été un enfant. Un fil rouge grave et bien amené. Une écriture très agréable et sans doute une traduction qui ne trahit pas le texte original. Un regard intéressant sur ce sujet, mais ne m'a pas toujours transporté. Il est vrai que je suis de plus en plus rodée aux ficelles des écrivains, mais quand même ! Il m'a manqué de la magie. Les protagonistes étaient intéressants dans chacune des nouvelles proposées, mais à mon sens ils étaient incomplets. 
Point d'étincelle dans mon regard en refermant ce recueil, dommage, j'avais envie de voir ce plus beau pays du monde. 


Et s'il fallait mettre une note : 11 / 20



mardi 2 décembre 2014

Wiera Grand l'accusée d'Agate Tuszynska




Le livre : 

Wiera Gran l'accusée d'Agata Tuszynska aux éditions points,  396 pages, 7 € 50. 



Pourquoi cette lecture : 

La seconde guerre mondiale en aura fait basculer des destinées. En Europe, je pense que chaque famille a son lot justement de morts, de disparus, de blessés, de mutilés, de déportés, d'accusés… On était forcément d'un côté ou de l'autre de la barrière. Le conflit terminé, les règlements de compte n'en finissent pas. Des vies vont de nouveau être bousculées, parfois détruites pour une quête de la vérité souvent tronquée car rien n'est jamais tout blanc ou tout noir. Il existe des dégradés de gris de toutes sortes et faire la lumière aujourd'hui sur l'histoire de Wiera Gran n'a pas été une chose aisée, mais Agata Tuszynska a souhaité remettre en lumière l'existence de la chanteuse étoile du ghetto de Varsovie.

L'artiste ne vous dit rien ? A moi non plus avant que je ne tombe sur ce livre presque par hasard. J'ai été attirée par la couverture où l'on peut y découvrir le magnifique visage de la chanteuse tombée dans l'oubli alors que son accompagnateur lui est passé à la postérité en partie grâce au film de Roman Polanski : "Le pianiste."

Le fait de voir l'ouvrage commenté et recommandé dans mon émission littéraire hebdomadaire sur France 5, "La grande librairie", m'a conforté dans mon choix car oui, je me suis souvenu du passage de l'auteur sur le plateau même si cela remonte à loin. J'ai une mémoire visuelle et j'ai en effet souvent été ravie des livres chroniques dans ce rendez-vous des amoureux des livres et de la littérature. Que je ne connaisse pas l'auteur ne me rebute pas, au contraire même ! C'est encore une nouvelle occasion d'enrichir ma culture personnelle qui en a toujours besoin. Je la nourrie autant que faire ce peut, mais ce n'est jamais assez.

L'auteur donc de "Wiera Gran, l'accusée" se nomme Agata Tuszynska. elle est romancière et biographe. A défaut d'être très connue du grand public, elle est déjà reconnu par la presse spécialisée. Etant polonaise, elle souffre de moins de mise en lumière chez nous et c'est un tort. 



Le pitch : 

Wiera Gran était la chanteuse étoile du ghetto de Varsovie.
cette "Marlène Dietrich née Grynberg", d'une beauté stupéfiante, à la voix chaude, se produit au cœur du Broadway juif d'avril 1941 au printemps 1942, où elle parvient à fuir, laissant derrière elle les siens. Son accompagnateur, Wladislas Szpilman, le "pianiste" du célèbre film de Roman Polanski, passera à la postérité. Elle, non. Pourquoi ? Quelle fut sa faute ? A quel prix peut-on survivre ? Comment savoir ce qui s'est vraiment passé entre les murs du ghetto ? Wiera Gran sera accusée après la guerre d'avoir collaboré avec les nazis, d'avoir chanté devant eux, d'avoir incarné une "Mata-Hari" glamour, une sorte d'agent double.
Folle de chagrin, persuadée qu'on la persécutait, juive errante, exilée chantant dans les cabarets de Caracas ou de Tel-Aviv, comme au Carnegie Hall à New York, elle finit sa vie, seule, dans un petit appartement parisien, reine d'un royaume, des ombres et des secrets de la guerre. Elle meurt le 19 novembre 2007.A la fois détective et historienne, biographe empathique et enquêtrice d'une mémoire défaillante, Agata Tuszynska ressuscite dans ce livre poignant et fiévreux, traversée du siècle, le destin brisé comme l'honneur perdu de Wiera Gran.



Ce que j'en pense : 

L'entrée en matière du chapitre 1 peut paraître déroutante au premier abord, mais pas tant que cela au final. On commence avec des mites, de la vermine qui ronge, qui détruit et c'est une image parfaite pour illustrer ce qui a miné la vie de Wiera Gran durant ces 60 dernières années. On le comprend d'autant mieux que l'auteur nous retranscrit combien ses premiers contacts furent laborieux avec l'ancienne vedette. C'est une femme brisée. On pourrait la croire folle, mais ce serait la juger sans la connaître, sans vouloir écouter sa version de l'Histoire. Elle a des problèmes, elle a tous les symptômes des maniaques paranoïaque, mais on peut quand même se plier à certaines contraintes, à des dialogues un brin sur-réalistes, à la pénombre, à la poussière, à la reproduction du ghetto dans son appartement parisien…                                                                                      
Elle se terre, se cache encore, fuit les hommes et leur folie. Elle est primaire : 
"Je n'ai pas peur de la solitude. La seule chose qui me terrifie, c'est l'autre. J'ai des réflexes d'animal. Une façon de penser animal, aussi."
Le décors est posé. On va pouvoir découvrir Wiera Gran maintenant et comprendre son parcours, sa vie qu'elle juge si longue et qu'est-ce qui a fait que cette artiste en soit réduite à cela tant d'années après la guerre. 

Enfant déjà, Wiera Gran ne s'en laissait pas compter apparament. elle avait un fort caractère. L'auteur note tout de même que certains éléments sont difficiles à confirmer. Wiera joue avec sa mémoire ou l'inverse. 
C'est presque impossible à savoir car le temps n'est jamais un allié. Il conforte ou transforme les souvenirs. C'est ainsi, nous ne sommes pas des machines et la vie nous modèle. J'ai déjà eu l'occasion de travailler lors de mes études d'Histoire sur des approches similaires : les témoignages oraux sur des évènements passés. L'analyse n'est pas si simple et pour rester objectif, il faut partir du fait que chaque témoignage est juste, mais retravaillé de manière consciente ou non par l'esprit du témoin. Il y a toujours une part de subjectivité. Wiera Gran à la sienne comme les autres.

Le ghetto, on ne peut que l'imaginer. On a presque tous vu des images d'archive un jour, mais la vie là-bas, au quotidien, il faut l'avoir vécu pour la relater vraiment. Cependant, ce ne fut pas seulement un lieu de mort. avant, ce fut un lieu de vie…
"Dès sa fermeture, le ghetto s'est mis à puiser en lui des forces pour sa survie, il voulait vivre. C'était une ville fermée, mais une ville tout de même, un organisme vivant qui retirait, achetait, mangeait, s'habillait, urinait."
"J'achète. Je vends. j'achète. j'investis, je dépense. Perspectives d'avenir."
C'est au fil du temps que tout se dégrade et on suit assez bien cette évolution avec le récit un peu décousu qu'Agata Tuszynska nous a retranscrit. Certains passages sont très douloureux pour moi. L'évocation des orphelins, de leur sort, de leur disparition m'est pénible.
Wiera dira qu'elle a tenté d'en sauvé le plus possible en créant un orphelinat, mais là encore les faits ne sont pas très clairs. On doute de la véracité de ces propos même si elle n'en démord pas. 

On accuse Wiera Gran d'avoir été une agent, une complice de la Gestapo, mais les témoignages sont contradictoires, confus, parfois fondés juste sur des rumeurs, des "on dit que"… 
J'aime assez ce passage qui finalement résume bien la position que pouvait avoir l'artiste dans le ghetto de Varsovie : 
"Les relations dans le milieu artistique du ghetto ne permettaient pas de faire une sélection méticuleuse des fréquentations… Quand on était une diva célèbre, il était impossible de s'isoler des gens de pouvoir."
Tout est dit ou presque. 

Et Wiera réfute tout ou presque pour à son tour attaquer et salir le passé de son accompagnateur, le pianiste Szpilman. Vengeance ? Quand on sait que c'est lui qui a refusé qu'elle revienne à la radio après la guerre… 
"Il était en face, juste devant moi, je le voyais distinctement. Szpilman, avec sa casquette de policier. Szpilman en personne, le pianiste. Je ne peux pas oublier cela.Il traînait les femmes par les cheveux. Il se protégeait les mains. Ses mains de pianiste exigeaient un soin particulier. Je n'en ai jamais parlé, je ne voulais pas lui faire du tort."
Je ne sais pas pour les autres lecteurs, mais pour ma part, je pense qu'elle se venge effectivement d'une partie du mal qu'on lui a fait subir. Sa sortie du ghetto ne fut semble-t-il pas une partie de plaisir, elle a dû rester caché durant des semaines, des mois, des années. Elle a complètement changé d'apparence, de physique, de destin puisqu'elle ne pouvait en aucun cas chanter. On lui avait tout pris et le pire vint quand le ghetto fut alors complètement vidé. Toute sa famille disparue., les reproches, les demandes de justification pour sa survie, son arrestation, les jours, les semaines passées en prison dans des geôles sombres et trop petites, la torture mentale, cela fait peut-être beaucoup, non ? Après tout, nous ne sommes que des êtres humains.

Wiera fut marquée, dans son esprit, dans sa chaire, au point même que son propre enfant s'est effacé de son souvenir. Sans doute n'était-elle pas prête à devenir mère, ou alors, elle n'en avait aucune envie. Nous ne le serons jamais. Et puis donner la vie pendant une période aussi noire, y a de quoi perdre ses repères, non ? Je ne cherche pas à l'excuser, mais comme l'auteur j'ai cherché à la comprendre sans la juger. 
Ce livre la remet en lumière et s'il ne la fait pas totalement sur son passé, son histoire, il démontre combien traverser des évènements aussi sombres n'est pas sans laisser des traces au plus profond des êtres qui y ont survécu. 
L'accusée se fera accusatrice également. On tourne en rond et la vérité, elle est là quelque part… Est-ce si important aujourd'hui ? Oui et non. C'est un livre témoignage, c'est un ouvrage du souvenir et il est imparfait comme la nature des hommes.




Et s'il fallait mettre une note : 15 / 20 



lundi 1 décembre 2014

Les démons d'Alexia tome 1, l'héritage de Ers et Dugomier



Le livre : 

Les démons d'Alexia de Dugomier, Benoit Ers aux éditions Dupuis, 48 pages, 10 € 60.
Version ePub disponible pour moins de 6 € ou lors d'un abonnement sur Iznéo. 


Pourquoi cette lecture : 

C'est lors de mes essais de lectures de BD version numérique avec un abonnement sur la plateforme Iznéo que je me suis lancée dans la découverte de cette saga que j'avais aperçu dans les rayonnages des librairies spécialisées (BD) en particulier. 
Envie de découvrir toujours de nouveaux titres et univers, je ne change pas. 


Le pitch : 

Le C.R.P.S, Centre de Recherche des Phénomènes Surnaturels, est une institution discrète qui lutte contre les évènements paranormaux qui menacent l'équilibre de notre monde, Une lutte bien inégale... jusqu'à l'arrivée l'une nouvelle stagiaire, exorciste surdouée, Alexia.


Ce que j'en pense : 

Alexia paraît être une jeune femme comme tant d'autres et pourtant les apparences peuvent être bien trompeuses. Sa destinée sera donc peu banale et à peine arrivée en tant que stagiaire au CRPS que les ennuis commencent. Chic pour nous ! 
J'aime bien le début de cette saga car l'héroïne permet une identification facile et les aventures ne tardent pas à débuter. En dehors des phénomènes paranormaux qu'elle croise et recroise, Alexia est totalement normale. Les gens qui vont l'entourer le seront parfois un peu moins...

Dessins classiques style bd belge. Agréables, synthétiques, parlants, en mouvements, que dire de plus ? 
Couleurs classiques également. Rien a redire. 

L'intrigue est sympathique. Pas toujours très diversifiée, mais divertissante. 
De l'humour présent dans cette histoire, voilà qui fait du bien. Ça cadre bien au genre aussi. Pas vraiment registre de la frayeur, mais quelques frissons quand même avec des morts qui reviennent à la vie. La sorcellerie, ce n'est pas pour les fillettes, quoique... 
Il y a encore plus de mystères à la fin de ce premier tome qu'au début, mais on ne va pas s'en plaindre car cela nous donne forcément envie de nous plonger dans les prochains volumes de la saga. 
Décidément, je l'aime bien moi Alexia...



Et s'il fallait mettre une note : 14 / 20