jeudi 7 janvier 2010

Sous l'oeil du dragon --- "Les ombres de Wielstadt" de Pierre Pevel


Depuis que j’ai découvert par le plus grand des hasards la plume de Pierre Pevel, je regarde toujours autour de moi (en librairie ou à la bibliothèque) si je ne trouve les autres ouvrages qu’il a écrit avant de débuter la saga des « Lames du Cardinal ».

Certains titres sont introuvables car épuisés, mais je ne manque jamais de ressources et je n’hésite pas à écumer mon réseau de médiathèques assez étendu, je dois bien l’avouer. J’assume pleinement ma condition de lectrice magniaco-compulsive !

C’est ainsi que j’ai pu mettre la main sur un exemplaire que je cherchais depuis un moment déjà (ah oui, je suis du genre opiniâtre également) : « Les ombres de Wielstadt ».

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L’auteur :

Pierre Pevel, né en 1968, est l’un des meilleurs écrivains de Fantasy français.
Auteur de 7 romans, il a obtenu le Grand Prix de l'Imaginaire en 2002 pour « Les Ombres de Wielstadt » et le prix Imaginales 2005 pour « L’élixir d’oubli ».

Avec une verve et un talent dignes des plus grandes heures du feuilleton romanesque de cape et d’épée, il s’approprie avec bonheur les codes de deux genres littéraires dans ce roman d’aventure et de Fantasy épique.

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L’intrigue :

Hiver 1620. Une guerre qui va durer trente ans ravage le Saint Empire romain germanique. Mais le chevalier Krantz, après une mission au service des Templiers est de retour dans la cité de Wielstadt, protégée par un mystérieux dragon volant qui, depuis quelque temps, ne suffit plus à la tâche.
Les Catholiques se méfient des Protestants, lesquels se méfient des juifs, qui se méfient de tout le monde. La nuit, les ombres se multiplient : des goules pillent et assassinent, répandant la terreur dans la ville.
Contre ces créatures du Mal, Krantz mène une chasse frénétique, riche de sa seule rapière, de la magie cabalistique et de quelques alliés de marque : la cour des miracles, les centaures, les faunes et surtout la minuscule fée Chandelle. Krantz est un croisé, un exorciste en armes ; il aura fort à faire avec les ordres militaires, les sociétés secrètes (la Sainte Vehme !) et plus simplement les traîtres de tout poil qui complotent contre son monde et ne songent qu'à d'obscures vengeances.

Wilestadt, c'est le croisement improbable de Disneyland et du château du comte Dracula. Pour tout dire, un classique de la génération de Tim Burton.

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Ce que j’en pense :

L’Histoire, la vraie est une passion, mais j’apprécie aussi de me divertir avec un bon roman même du genre Fantasy (je découvre petit à petit toutes les richesses de cet univers littéraire). Dans le cas de l’ouvrage qui nous intéresse, « Les ombres de Wielstadt » le plaisir vient surtout de l'univers assez original créé par Pierre Pevel, mêlant l'Histoire authentique (guerre de Trente ans, déchirements religieux...) au merveilleux (les centaures, les fées, les dragons, les nains…etc. cohabitent avec les humains comme si cela avait toujours était le cas).
J’admire la minutie des détails. Elle est impressionnante, tant au niveau des moeurs, de l'habillement que de la situation géo-politico-religieuse. L’historienne que je suis ne peut vraiment rien y redire.

À la fois polar et roman de fantasy dans un cadre historique très bien documenté (une de ses marques de fabrique car c’était déjà le cas dans Les lames du Cardinal et l’alchimiste des Ombres certes écrits bien plus tardivement), « Les Ombres de Wielstadt » est étonnant et détonnant. L’intrigue est tout simplement captivante. J’avais toutes les peines du monde à reprendre mes activités normales du quotidien tant je voulais en savoir plus. Non seulement Pevel a su doser parfaitement l’action et l’enquête, mais en plus ses personnages sont attachants.
En parlant de Kantz, l’auteur nous dira : « Avec eux, le masque sévère qu’il se composait d’ordinaire s’effritait. Il parvenait à oublier l’Ombre, ses horreurs et le combat qu’il menait contre elles, au péril de son âme et de sa vie. »
Bref, voilà un livre qui se dévore de bout en bout car il n’y manque rien.

Beaucoup de teintes différentes, donc, mêlée avec habileté par la vigueur d'un style simple, direct et efficace que Pierre Pevel maîtrise à la perfection et qui tient en haleine le lecteur. Le suspense est maintenu par une série de retournements et de révélations surprenantes dont seul cet auteur a le secret. L’écriture est dynamique, on ne s’ennuie jamais. L’écrivain, qui ne se refuse pas quelques descriptions délicieusement sanglantes, a le souci de les contrebalancer par des anecdotes drôles et des dialogues savoureux.
« Un misérable bong retentit quand la petite fée rencontra le bronze centenaire. Aussitôt assommée, bras et jambes en croix, elle glissa en bas de la cloche, rebondit mollement contre le plancher vermoulu, et bascula dans le vide par une planche manquante. » Voilà une description très visuelle et qui frise les stéréotypes du cartoon.
« Son fromage achevé, la fée leur adressa un sourire ravi, repu et un peu gras. Puis elle se laissa tomber sur le dos, les bras en croix, exhibant un petit ventre fort arrondi. Ils ne l’entendirent pas, mais ils purent jurer qu’elle rota. » Ahhh voilà le mythe de la petite fée mignonne et quasiment parfaite qui est éborgné avec panache et humour.
On ne s’en lasse pas et c’est là, la griffe de cet auteur que je commence non pas à bien connaître, mais à apprécier plus que tout.
La comparaison avec Dumas n'est pas imméritée et je dirai que le maître est largement égalé par l’élève. Ce n’est certes qu’un avis personnel.

Il faut passer outre les cinquante premières pages qui peuvent sembler confuses, un peu trop denses, mais qui en réalité campent la trame de l’intrigue et nous donne presque tous les éléments nécessaires pour savourer la suite. J’avoue qu’ayant lu déjà deux ouvrages de Pierre Pevel, je commence à connaître sa façon de nous mener au cœur de l’intrigue parfois avec quelques chemins détournés, mais ces méandres sont toujours utiles en temps et en heure.

Vous l’aurez compris, je suis totalement conquise par cet opus et je ne puis que vous le recommander chaudement !

Ma note finale : 18 / 20



8 commentaires:

Acr0 a dit…

Ah làlà, ça me donne envie de le lire :D Apparemment, la plume de PEVEL a fait de très grands adeptes !

Tu trouves que c'est vraiment si dur que ça les 50 premières pages?

Taliesin a dit…

ça a l'air sympa, faudra que je vois de trouver ça... J'ai déjà lu Les Enchantements d'Ambremer de lui, il est sorti chez Le Livre de Poche, c'est plutôt sympa.
(Tu as vu par contre, que Les Ombres de Wielstadt est le 1er tome d'une trilogie ?

El Jc a dit…

Voila une chronique enthousiaste. Une de plus concernant ce roman de Pierre Pevel que l'on m'a déjà très chaleureusement recommandé sur la toile. Une fois lu "L'alchimiste des ombres" qui attend sagement son tour sur l'une de mes étagères ce sera sans nul doute le prochain opus de cet auteur que je découvrirai.

Anne Sophie a dit…

quelle belle invitation à la lecture. je note ce titre.

Matilda a dit…

HAHAHA.
Je suis vraiment ravie que tu ai aimé cette ouvrage. Les deux autres sont encore mieux (si c'est possible). Je te conseillerais aussi de lire Les enchantements d'Ambremer, c'est sublime !

véro a dit…

Je ne connais pas cet auteur mais vu ta critique, je rajoute son nom dans ma LAL histoire de combler cette lacune !

Emeralda a dit…

@Acro : Les 50 premières pages ne sont pas si dures que cela, mais c'est vrai que je connais un peu mieux la plume de Pevel maintenant...

@Taliesin : Oui, j'ai vu que c'était une trilogie. Les 2 prochain tome devraient arriver dans ma boites aux lettres d'ici peu...

@El JC : Je pense que tu ne regretteras pas ces lectures...

@Mathilda : J'ai aussi commandé ce livre. Je suis devenue une inconditionnelle de Pevel !

flof13 a dit…

A force d'entendre tant de bien de Pierre Pevel, je vais me laisser tenter... quand mon cerveau aura un peu "oublié" Téméraire ! Sinon, je vais être en mode "comparaison" à fond !

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