vendredi 15 février 2019

Risque zéro d’Olga Lossky



Le livre :

Risque zéro d’Olga Lossky aux éditions Denoël, 332 pages, 20 € 90.
Publié le 3 janvier 2019


Pourquoi cette lecture :

Il s’agit d’un partenariat choisi dans le catalogue des publications de la maison d’édition Denoël.
Une thématique intrigante et que je trouvais assez actuelle m’a attiré vers ce titre.


Le pitch :

Au milieu du XXIe siècle, Providence a révolutionné le suivi médical grâce à la "plume d'ange", une puce sous-cutanée qui contrôle la santé et l'environnement de ses adhérents en temps réel. Son objectif : le risque zéro. Agnès Carmini vit dans ce monde millimétré, où repas et temps de sommeil sont dictés par les logiciels. Victorien, son mari, a beau être l'un des concepteurs du projet, elle ne parvient pas à se satisfaire pleinement de ce système, dont la régularité apaise pourtant ses angoisses. 
Agnès continue d'exercer comme anesthésiste à l'hôpital public, un des derniers bastions à refuser la médecine numérique, et se ressource dans la hutte en paille de ses grands-parents, qui ont choisi un mode de vie autarcique. Tout bascule le jour où une adhérente Providence meurt au bloc. Agnès est accusée de négligence tandis que l'opinion publique s'émeut. Le risque zéro ne serait-il qu'un mythe ou, pire, un simple argument de vente ? Que fait donc l'épouse d'un dirigeant de Providence dans ce service de médecine traditionnelle, loin des innovations prônées par la prestigieuse entreprise ? La tornade médiatique va contraindre Agnès à faire voler en éclats les contours de son existence programmée.



Ce que j’en pense :

Ce roman voit son intrigue se dérouler dans un futur relativement proche : dans les années 2040/2050. Le lecteur n’est donc pas submergé par des détails techniques. C’est un peu comme aujourd’hui, mais avec des avancées technologiques assez évidentes qui ne peuvent guère nous surprendre. Point besoin donc d’être un féru du genre SF pour se plonger dans ces pages. Cela reste de la littérature et la technologie un sujet qui permet d’aller plus en avant encore sur le questionnement humaniste qui est le cœur même de cette intrigue.
On aura beau mettre toujours plus de technologie partout, l’être humain reste ce qu’il est, l’humanité imparfaite.

Les personnages sont très attachants. On peut même facilement s’identifier à eux ou leur trouver des points communs avec nos proches. Cette particularité facilite encore plus l’immersion dans l’intrigue avec en prime une belle écriture fluide.

Alors oui, je suis rentrée dans ce livre par la grande porte, mais j’en suis sortie par la petite.
J’ai avalé les pages et dévoré les trois parties de ce roman, mais le final m’a laissé sur le carreau. L’auteur a utilisé des ficelles connues. Elle les a bien employées, le problème n’est vraiment pas d’ordre technique. Son écriture est restée agréable jusqu’au bout du bout, mais je pense que son roman pouvait se passer de ce tour de passe-passe justement. Pour moi, cela n’apporte rien de plus à l’intrigue. Au contraire, j’ai même trouvé que cela empêchait d’aller plus loin encore dans le raisonnement initial : une mise en garde envers une technologie trop poussée, trop présente qui priverait les êtres humains d’une existence plus riche, certes moins sécuritaire, mais plus en phase avec le principe même de la vie, c’est à dire fragile, précaire aussi, mais avec des fulgurances.




Et s’il fallait mettre une note : 12 / 20



lundi 11 février 2019

Où passe l’aiguille de Véronique Mougin



Le livre :

Où passe l’aiguille de Véronique Mougin aux éditions Flammarion, 452 pages, 21 € 00.
Publié le 31 janvier 2018
Disponible en format de poche.


Pourquoi cette lecture :

Il s’agit d’un partenariat avec l’auteur et les éditions Flammarion.



Le pitch :

Du camp de concentration au sommet de la haute couture française, voici le voyage de Tomi, sa vie miraculeuse, déviée par l'histoire, sauvée par la beauté.



Ce que j’en pense :

Ce n’est pas la première fois que je lis Véronique Mougin et c’est un peu grâce à ma chronique sur son précédent livre que j’ai eu ce partenariat car elle m’a contacté par mail. Je la remercie encore pour son geste.
En revanche, la thématique est franchement différente. Tant mieux au moins je n’ai eu à aucun moment l’impression de lire une seconde fois son roman précédent.

Tomy est le narrateur principal de cette intrigue même si d’autres « prendront » aussi la parole. C’est un sacré numéro que ce jeune adolescent. Il en fait des bêtises ! Rien de vraiment méchant, mais de quoi devenir chèvre si nous étions ses parents. J’admire son père, qui bien qu’il rentre parfois dans des colères noires, reste globalement calme. Son métier lui a indéniablement appris la patience : il est tailleur.
Cette histoire familiale bascule dans l’horreur parce qu’ils sont juifs et que durant la seconde guerre mondiale, il n’y avait pas pire comme danger sauf à être en première ligne sur le front.

Ce récit nous fait sourire, mais aussi nous touche, nous bouleverse. Il est avant tout question de sentiments humains bons, mais aussi odieux, voir intolérables. 
L’écriture est très agréable même si le contenu l’est beaucoup moins. Cette fluidité ne fait que renforcer le malaise dans lequel le lecteur sera parfois poussé. C’est ce que l’on cherche d’ailleurs dans nos lectures. Etre bousculé, même malmené. Alors vous le serez sans que cela soit fait gratuitement. C’est l’histoire avec un grand H et un autre plus petit qui en sont responsables.

Il y aura aussi des moments plus heureux car la vie est ainsi faite qu’après la tempête, le beau temps revient. Nous devrions y songer plus souvent d’ailleurs.

Très beau roman témoignage, ce livre devrait laisser dans son sillage bien plus que vous ne le pensez de prime abord. Un bel hommage et encore une occasion de ne pas oublier.



Et s’il fallait mettre une note : 14 / 20


lundi 4 février 2019

Le mystère Bogdanoff de Maud Guillaumin



Le livre :

Le mystère Bogdanoff de Maud Guillaumin aux éditions de l’Archipel, 251 pages, 20 € 00.
Publié le 30 janvier 2019


Pourquoi cette lecture :

Il s’agit d’un partenariat avec les éditions de l’Archipel.
Un livre sur les plus atypiques des VIP de notre pays, cela ne se refuse pas. En tout cas, cela m’a tout de suite attiré.


Le pitch :

Depuis leur apparition à la télévision en combinaison argentée dans « Temps X », en 1979, ils sont devenus des personnages familiers du PAF. Inclassables, déroutants, semblant tout droit sortis de la quatrième dimension, Igor et Grichka Bogdanoff fascinent ou agacent, mais ne laissent pas indifférent.
Leur carrière ponctuée de scandales est une étrange odyssée qui commence dans un château médiéval et se poursuit sur les pas de… Roland Barthes. État civil, diplômes, réseaux : le duo se crée une nébuleuse impénétrable. Leur QI fabuleux, leurs dons exceptionnels, leur métamorphose physique sont autant de mystères qu’ils savent entretenir. Phénomènes de librairie, ces vulgarisateurs sont toutefois mal vus de la communauté scientifique, qui dénonce leurs thèses aussi surprenantes que leur look.
Sous des dehors romanesques, ces jumeaux ont l’art de s’inviter dans les sphères du pouvoir et de la jet-set. Car la galaxie des « Bogda » s’étend de Luc Ferry à Carla Bruni, en passant par Cyril Hanouna et Jacques Attali… jusqu’au couple Macron.
L’enquête de Maud Guillaumin, qui a recueilli de nombreux témoignages inédits, lève le voile sur l’histoire personnelle et l’enfance des Bogdanoff dont cette biographie, la première qui leur soit consacrée, décrypte les ressorts cachés et les univers parallèles.


 

  Ce que j’en pense :

Ayant la quarantaine, mon premier souvenir des frères Bogdanoff est assez logiquement lié à l’émission « Temps X ». Mais il faut bien l’avouer quand elle débute en 1979, j’ai 4 ans et les images que j’en ai gardé sont assez parcellaires. Je n’étais pas du tout le cœur de la cible. Ensuite, les jumeaux m’ont laissé assez indifférente. Je n’ai pas suivi toutes leurs péripéties ou de loin en loin. Leurs ouvrages me disaient bien en revanche, mais je n’ai jamais sauté le pas. Je les ai croisés lors de salons littéraires, mais je ne suis jamais allée discuter de vive voix avec eux. Que leur dire ? Je ne suis pas du genre à aborder les gens ainsi surtout quand je ne connais que vaguement ce qu’ils font.
La lecture de ce livre de Maud Guillaumin était une occasion parfaite de mieux les découvrir et pourquoi pas ensuite d’aller les lire avec un regard moins novice.

C’est un véritable travail de journaliste qui nous est livré ici.
J’imagine que les sources furent nombreuses, mais pas faciles à recouper, à vérifier. Les frères Bogdanoff sont médiatiquement très connus, mais ce n’est pas pour autant qu’ils se livrent beaucoup. Il a donc fallu investiguer, chercher dans les zones d’ombres. Ces dernières sont d’ailleurs très nombreuses car les jumeaux aiment brouiller les pistes volontairement ou non. Je veux dire qu’il est normal pour les jumeaux médiatiques de livrer leur vérité qui peut être changeante, mais ils y croient sincèrement car leurs personnalités sont fantasques et issues d’une autre époque.

Oui, je perle volontairement d’autre époque et non pas d’autre monde comme on l’a maintes fois entendu. Les Bogdanoff sont assurément humains. Ils n’ont rien d’extra-terrestres.
Le travail de Maud Guillaumin est remarquable car il débute avec la présentation de la grand-mère maternelle. Cela peut sembler curieux, mais en réalité, c’est effectivement par ce biais qu’il fallait commencer. On ne peut pas comprendre Igor et Grichka sans connaître cette femme à l’histoire personnelle riche. C’est elle qui les a principalement éduqués et modelés.
Maud Guillaumin a certainement dû faire un travail d’analyse sur la mémoire que certains historiens effectuent lors de l’utilisation de sources souvent plutôt récentes, soit de moins de 50-70 ans (et là je parle en connaissance de cause puisque j’ai dû moi-même utiliser cette technique lors d’un mémoire réalisé à partir de témoignages et d’interviews de témoins en histoire contemporaine). Pour cela, il faut savoir que même de très bonne foi, tout témoin possède une mémoire qui est en partie reconstruite, influencée par sa vie personnelle, par des évènements marquants, par son éducation, par son environnement. Il n’y a le plus souvent pas mensonge, mais omissions, réécriture des faits à plus ou moins grande échelle, interprétations… Le gros de l’analyse repose donc sur un recoupement de sources afin de dresser un tableau le plus fidèle et exacte possible tout en sachant que la vérité n’est pas une.

Igor et Grichka vivent dans un monde qui n’est pas celui d’aujourd’hui. Plus j’avançais dans ma lecture, plus j’avais en effet l’impression d’être confronté à des personnes du XVIIème ou XVIIIème. Des nobles plus précisément qui quoiqu’il arrive tiennent un rang, donnent le change, continuent d’avancer même contre un mur car ce dernier finira bien par laisser apercevoir une brèche ou une porte. Quoiqu’il advienne : « The show must go on ».
En revanche, j’ai été un peu surprise. J’avoue que je pensais les frères Bogdanoff plus arrivistes, plus carriéristes, moins détachés que cela aux réalités de ce monde avant tout économique, basé sur l’argent. Ils possèdent vraiment ce trait de caractère très particulier que l’on pourrait résumer par : « Ces réalités bassement matérielles ne me concerne en rien, je suis au-dessus de tout cela ».

Indéniablement intelligents, les jumeaux sont surtout différents, hors du temps, déconnectés, futuristes et passéistes, uniques dans leur genre de nos jours, inimitables, complémentaires. Ils osent tout, même l’impensable.
On les aime ou pas. Ils ne peuvent pas laisser indifférents même pour des raisons très futiles, people ou scientifiques.
Ce livre se lit avec facilité. Il est agréable. J’ai pu noter quelques redondances, mais difficile de garder le fil pour l’auteur tant la pelote fut défaite et refaite par les Bogdanoff. Il faut donc souvent récapituler pour garder le cap.
Après cette lecture, vous n’apprécierez peut-être pas plus ces frères du PAF, mais s’ils vous intriguent, n’hésitez pas, vous aurez plus de cordes à votre arc.



Et s’il fallait mettre une note : 14 / 20