vendredi 5 février 2010

Histoire de famille --- "Un roman français" Frédéric Beigbeder

Frédéric Beigbeder, je ne le connais qu'assez mal. Je sais qu'il a été un noceur, un people et qu'il est un brin provocateur. Il y a du génie en lui, mais il le cache sous une certaine forme de pitrerie qui le dessert plus qu'autre chose parfois.

"Un roman français" est le premier ouvrage que je lis de lui. Non pas parce qu'il a été primé, ni même parce qu'il a bénéficié d’une belle promotion commerciale, mais plutôt parce que le thème m'interpellait. Il s'agit d’un ouvrage plus personnel, a visé moins commerciale au départ. Le résultat final est tout autre, mais si le plaisir littéraire est au rendez-vous, je ne vais pas m'en plaindre.

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L’auteur : (sources Wikipédia)

Frédéric Beigbeder (né le 21 septembre 1965 à Neuilly-sur-Seine) est un écrivain et critique littéraire français. En 2009, il obtient le Prix Renaudot pour son livre Un roman français.

Frédéric Beigbeder naît dans une famille d'origine béarnaise. Sa mère, Christine de Chasteigner de La Rocheposay, est traductrice littéraire (romans de Barbara Cartland, par exemple) et son père, Jean-Michel Beigbeder, est recruteur (« chasseur de têtes »). Son frère, Charles, est le fondateur de la société de courtage en ligne Selftrade, puis de la société Poweo.

En avril 1979, âgé alors de treize ans, il fait une apparition sur TF1, interviewé sur la science-fiction lors de l'émission Temps X des frères Igor et Grichka Bogdanoff.

Il effectue sa scolarité aux lycées Montaigne et Louis-le-Grand à Paris. Diplômé de Sciences Po Paris (section service public), il achève ses études par un DESS en marketing – publicité au Celsa.

En 1990, âgé de vingt-cinq ans, il publie son premier roman, Mémoires d'un jeune homme dérangé. Il devient ensuite concepteur-rédacteur dans l'agence de publicité CLM/BBDO tout en étant critique littéraire ou chroniqueur nocturne dans les magazines Elle, Paris Match, Voici ou encore VSD. Il fait également partie de l'équipe des critiques littéraires de l'émission Le Masque et la Plume et de Rive droite / Rive gauche sur la chaîne câblée Paris Première.

En mai 1991, il épouse Diane de Mac Mahon avant de divorcer en mars 1996.

En 1994, paraît son deuxième roman, Vacances dans le coma puis, en 1997, L'amour dure trois ans, qui clôt la trilogie de Marc Marronnier.
Suit un recueil de nouvelles chez Gallimard en 1999, Nouvelles sous ecstasy. L'année suivante, Beigbeder est licencié pour faute grave de chez Young & Rubicam, peu après la parution de son roman satirique 99 francs (depuis ré intitulé 14,99 € puis 6,20 €) qui se vend à 380 000 exemplaires, roman qui épingle les travers de la publicité. Le roman est adapté au cinéma par Jan Kounen, dans un film sorti le 26 septembre 2007. L'écrivain, qui a participé activement à l'écriture du film et au tournage, y joue également un petit rôle.

Entre-temps, Frédéric Beigbeder obtient sa propre émission littéraire, Des livres et moi, sur Paris Première. En 2002, durant la campagne présidentielle, il s'occupe de la campagne médiatique du candidat du Parti communiste, Robert Hue. La même année, il accepte de co-animer avec Jonathan Lambert une émission quotidienne d'access prime-time sur Canal+, l'Hypershow, qui compte moins de 500 000 téléspectateurs en moyenne et dure moins de trois mois.

En 1999 naît sa fille Chloé de son union avec Delphine Vallette.

En janvier 2003, Flammarion propose à l'écrivain de passer « de l'autre côté du miroir » et de devenir éditeur. Le premier roman qu'il choisit s'appelle Une fièvre impossible à négocier de Lola Lafon, sur son engagement alter mondialiste et son appartenance au groupe anarchiste des « Black Blocs ». En trois ans, il publie environ vingt-cinq livres pour le compte de Flammarion, avant de quitter ses fonctions en 2006.

Son roman Windows on the World, qui se déroule dans les tours jumelles du World Trade Center durant les attentats du 11 septembre 2001, reçoit le prix Interallié en 2003, et sa traduction anglaise (par Frank Wynne) est récompensée de l'Independent Foreign Fiction Award en 2005. Il publie en 2005 L'Égoïste romantique et, en 2007, Au secours pardon (suite des aventures d'Octave, le héros de 99 francs).

Entre septembre 2005 et mai 2007, il est chroniqueur dans Le Grand Journal, présenté par Michel Denisot.

Frédéric Beigbeder est également animateur de l'émission hebdomadaire de critique littéraire et cinématographique Le Cercle sur Canal+ Cinéma et est par ailleurs chroniqueur à Lire et intervieweur pour GQ.

Le 29 janvier 2008 à Paris, l'écrivain a été surpris par des policiers en train de "sniffer" de la cocaïne sur le capot d'une voiture peu après 3 heures du matin dans le VIIIe arrondissement de Paris. Accompagné d'un ami d'infortune, Fred tente de fuir à la vue des policiers. Mais ils sont vite rattrapés et interpellés. Dans les poches de l'écrivain, la police a trouvé deux sachets contenant l'équivalent de 2,6 grammes de cocaïne, selon TF1/LCI.fr Ils seront relâchés le surlendemain. Cet épisode sera à l'origine d'une polémique impliquant le procureur de la République de Paris : Jean-Claude Marin est, en effet, placé « en détention non provisoire » au chapitre 27 du Roman français de Frédéric Beigbeder, paru le 18 août 2009 chez Grasset. Invoquant la peur des conséquences judiciaires, l'éditeur demande à l'écrivain de retirer certains passages du livre.

Récompensé du prix Renaudot le lundi 2 novembre 2009, Frédéric Beigbeder remercie ironiquement Jean-Claude Marin "pour l'avoir mis en garde-à-vue".

Frédéric Beigbeder fonde le Prix de Flore en 1994 et préside son jury depuis lors. Ce prix a couronné notamment Michel Houellebecq, Virginie Despentes, Amélie Nothomb, Christine Angot et Guillaume Dustan. Il crée également le Prix Sade en 2001 avec Lionel Aracil et siège dans le jury du Prix Décembre.

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L’intrigue :

" C'est l'histoire d'une Emma Bovary des seventies, qui a reproduit lors de son divorce le silence de la génération précédente sur les malheurs des deux guerres.
C'est l'histoire d'un homme devenu un jouisseur pour se venger d'être quitté, d'un père cynique parce que son coeur était brisé.
C'est l'histoire d'un grand frère qui a tout fait pour ne pas ressembler à ses parents, et d'un cadet qui a tout fait pour ne pas ressembler à son grand frère.
C'est l'histoire d'un garçon mélancolique parce qu'il a grandi dans un pays suicidé, élevé par des parents déprimés par l'échec de leur mariage.
C'est l'histoire d'un pays qui a réussi à perdre deux guerres en faisant croire qu'il les avait gagnés, et ensuite à perdre son empire colonial en faisant comme si cela ne changeait rien à son importance.
C'est l'histoire d'une humanité nouvelle, ou comment des catholiques monarchistes sont devenus des capitalistes mondialisés. Telle est la vie que j'ai vécu : un roman français. "

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Ce que j’en pense :

Je suis habituée à lire des chroniques de Frederic Beigbeder tous les mois dans le magazine "Lire". J'y prends en général beaucoup de plaisir car il est certain qu'il n'a pas sa langue dans sa poche et il sait se montrer un brin désinvolte, voir il jette un peu d'huile sur le feu.
Dans son livre, j'ai retrouvé cette plume. Il est un provocateur et l'on se demande si on l'adore ou si on lui mettrait bien volontiers une paire de gifles. Sans doute les deux à la fois.

Il sait se moquer des autres, mais il n'est pas avare de bons jeux de mots sur lui-même. Il n'est pas toujours tendre même si charité bien ordonnée commence par soi-même.
Je ne prends pas tout pour argent comptant car Beigbeider sait mêler le vrai et le faux avec brio. Il reste quand même de l'authenticité dans ce récit.

L’inspiration pour ce titre lui est venu d’une expérience peu ordinaire. Il a en effet commencé à « rédiger » lors d’une garde-à-vue pour avoir fait usage de stupéfiants sur le capot d’une voiture en plein Paris ! Pas banal, mais l’homme ne l’est pas non plus…
« J’aurais donné n’importe quoi pour un livre ou un somnifère. N’ayant ni l’un, ni l’autre, j’ai commencé à écrire ceci dans ma tête, sans stylo, les yeux fermés. Je souhaite que ce livre vous permette de vous évader autant que moi, cette nuit-là. »
Je me suis évadée, certes, mais dans mon passé car j’ai retrouvé pleins de petites choses ici ou là qui sentait bon la nostalgie et l’enfance. Je suis pourtant 10 ans plus jeune, mais il y a des choses presque immuables…

La définition que Frédéric Beigbeder nous donne sur ce qu’est un enfant, ce qu’il vit peut surprendre, voir en choquer peut-être certains, mais moi, je lui ai trouvé une vérité crue qui peut faire mal, qui n’est donc pas toujours bonne à dire, mais pourtant…
« On a tendance à idéaliser ses débuts, mais un enfant est d’abord un paquet que l’on nourrit, transporte et couche. En échange du logement et de la nourriture, le paquet se conforme à peu près au règlement intérieur. »

J’ai noté que l’auteur est un provocateur et ce n’est sans doute pas la première fois qu’il ose franchir ainsi les limites, les barrières légales. Il l’avoue lui-même, mais cette fois, il n’en tire aucune gloire personnelle, bien au contraire.
« Cette fois, on allait m’enfermer un peu plus longtemps pour une cause nettement moins humanitaire. »
Pour les détails, je préfère vous renvoyer vers l’ouvrage car c’est un délice que de lire les anecdotes vues et racontées par Frédéric Beigbeder lui-même.
Il ne cherche pas la vérité absolue dans ce récit, mais sa vérité. C’est elle qui sera au rendez-vous en effet, mais elle ne sera pas la seule…
« Je sens que je vais devoir embarquer ici de nombreux proches, vivants ou morts (j’ai déjà commencé). Ces gens aimés n’ont pas demandé à se retrouver dans ce livre comme dans une rafle. Je suppose que toute vie a autant de versions que de narrateurs : chacun possède sa vérité ; précisions d’emblée que ce récit n’exposera que la mienne. »

Sa vision de la vie de famille pourra en faire frémir plus d’un, mais j’en connais qui vont la trouver ravissante. Pour ma part, je ne puis lui donner tort sur tout et même si je trouve que certaines explications sont contestables, il y a aussi un peu de vrai dans ces écrits…
« Une vie de famille est une suite de repas dépressifs où chacun répète les mêmes anecdotes humiliantes et automatismes hypocrites, où l’on prend pour un lien ce qui n’est que loterie de la naissance et rites de la vie en communauté. Une famille, c’est un groupe de gens qui n’arrivent pas à communiquer, mais s’interrompent très bruyamment, s’exaspèrent mutuellement, comparent les diplômes de leurs enfants comme la décoration de leurs maisons, et se déchirent l’héritage de parents dont le cadavre est encore tiède. Je ne comprends pas les gens qui considèrent la famille comme un refuge alors qu’elle ravive les plus profondes paniques. Pour moi, la vie commençait quand on quittait sa famille. »

Un autre moyen de s’évader, même temporairement, reste les livres. Il y a ceux que l’on écrit (quand on le peut) et ceux que l’on lit. La littérature est une alliée. Frédéric Beigbeder vit et respire par elle. Chacun de ses écrits est truffé de quelques bonnes citations littéraires et cet ouvrage n’échappe pas à cette règle silencieuse.
Mieux même, cette fois, il nous offre sa définition des apports de la littérature à la nature humaine : « A ce jour je n’ai pas trouvé de meilleure définition de qu’apporte la littérature : entendre une voix humaine. Raconter une aventure n’est pas le but, les personnages aident à écouter quelqu’un d’autre, qui est peut-être mon frère, mon prochain, mon ami, mon ancêtre, mon double. »
Et que dire de sa définition de la lecture, de cette boulimie que connaît chaque gros lecteur (car le lecteur occasionnel est un lecteur boulimique qui s’ignore voilà tout) : « Le bonheur d’être coupé du monde, voilà ma première addiction. Arrêter de lire des romans exige beaucoup de force. Il faut avoir envie de vivre, courir, grandir. J’étais drogué avant même que d’avoir le droit de sortir le soir. »

« Un roman français » est un récit personnel et plus que cela en réalité.
« Tout le monde pense que j’ai raconté souvent ma vie alors que je viens juste de commencer. J’aimerais qu’on lise ce livre comme si c’était mon premier. Non que je renie mes œuvres précédentes, au contraire j’espère qu’un jour on s’apercevra… blablabla. »
C’est une renaissance, un nouvel auteur qui se livre, qui noircit ses premières pages et avec beaucoup de talent, je trouve.

C’était mon premier Beigbeder, mais probablement pas le dernier car je viens de découvrir un homme et non pas un people. Je pense que l’on pourrait parler des heures ensemble ou alors avoir de longs silences plein de sens. En tout cas, il y aurait de l’échange entre passionnés de littérature, entre un homme et une femme, entre lui et moi, parce qu’un roman français, c’est son histoire, c’est la mienne, c’est la vôtre !

Ma note finale : 17 / 20.

5 commentaires:

Liyah a dit…

Je n'ai lu qu'un seul livre de cet auteur, L'amour dure 3 ans et il y a de ca très longtemps ! Je me souviens ne pas vraiment avoir apprécier ce livre !
J'avoue ne pas trop quoi penser de cet auteur. Il est autant aime que détester ! Dans tous les cas ton avis me donne envie de retenter l'expérience Beigbeder !

valérie a dit…

Je n'ai vraiment pas aimé ce roman. Beigbeder est un personnage que je trouve fort antipathique, et ce qu'il raconte dans ce livre, sa manière d'"enfoncer" son frère et ses parents sans l'assumer vraiment m'a définitivement fâchée avec lui!

Emeralda a dit…

On ne peut pas tous avoir les mêmes points de vue et c'est tant mieux. Je trouve que l'on apprend tellement plus de nos différences.

Frankie a dit…

J'avais lu 99F de lui, ce n'était pas mal même si assez prétentieux (mais c'était le personnage du roman qui voulait ça). J'ai Windows on the world dans ma PAL.
J'avoue que j'aime assez le personnage Beigbeder.

annejo a dit…

Bonjour!
J'ai lu, dévoré ce dernier opus en 24h. A vrai dire je ne l'ai pas posé ( bon, 3 jours d'hospi, ça aide :))). )
Je "connais" F.B. depuis ses débuts: sa verve, sa politiquement incorrecte "people Life" .
et je l'aime.
Sa candeur d'enfant, sa mélancolie. Il me touche.
Je vous conseille "Windows un the sky". Il m'a boulversé.
Et son animation du Cercle de C+, miam.
C'est bien simple, je l'aime!!!!
Avec lui, j'ai appris que les comportements stupides des hommes, sont des témoignages de blessures de cœur fragiles, tendres et maladroits.
A vite!

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