jeudi 8 janvier 2009

La télévision, c'est mortel ------ "Acide sulfurique" d'Amelie Nothomb - Livre

J’ai découvert véritablement l’écriture d’Amélie Nothomb lors de la rentrée littéraire de septembre 2007 avec son opus : « Ni Adam, ni Eve ».
Cette lecture m’avait énormément satisfaite et comme toujours lorsqu’un auteur me plait à ce point, j’ai envie de découvrir le reste de son œuvre.
J’ai jeté mon dévolu sur l’une des sélections 2007 du prix des lecteurs, à savoir « Acide sulfurique ».

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L’intrigue :

« Concentration » : la dernière-née des émissions télévisées. On enlève des gens, on recrute des kapos, on filme… Tout de suite, le plus haut score de téléspectateurs, l’audimat absolu qui se nourrit autant de la cruauté filmée que de l’horreur dénoncée.

Étudiante à la beauté stupéfiante, Pannonique est devenue CKZ 114 dans le camp de concentration télévisé.Le premier des sévices étant la perte de son nom, partant de son identité. Zdena, chômeuse devenue la kapo Zdena, découvre en Pannonique son double inversé et se met à l’aimer éperdument. Le bien et le mal en couple fatal, la victime et le bourreau, la belle et la bête aussi.
Quand les organisateurs du jeu, pour stimuler encore l’audience, décident de faire voter le public pour désigner les prisonniers à abattre, un tollé médiatique s’élève, mais personne ne s’abstient de voter et Pannonique joue sa vie…

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Mon avis :

Un titre de livre qui n’est déjà pas anodin et qui met immédiatement le lecteur en condition : les pages qu’il va lire risquent d’être pour le moins corrosives. À noter que l’intitulé du roman d’Amélie Nothomb fait également référence à un élément que vous trouverez à la fin du récit. Comme quoi tout est déjà bien pensé, planifié.

Dés les premiers lignes, l’amalgame entre ces camps d’un nouveau genre (les caméras partout, ce sont en réalité des plateaux de télévision) et les camps de concentration nazis n’est pas nié, bien au contraire, il est clairement revendiqué.
Est-ce pour mieux nous choquer qu’une pareille comparaison est faite ? C’est tout à fait envisageable de la part de l’auteur et son propos n’en aura que plus de poids.
Des termes très précis sont donc utilisés et indissociables de cette terrible période de notre histoire : camps, kapo (voir les notes plus bas), baraquements, même l’émission s’intitule « Concentration » ! On ne peut pas être plus clair !

La critique de la dérive des médias, mais aussi celle plus insidieuse de nos mentalités dites modernes n’est guère plus voilée.

Si de nos jours, la télé réalité est en perte de vitesse et d’audience, elle reste présente sur nos écrans. Les producteurs recherchent toujours l’idée, le concept gagnant, celui qui les fera empocher les plus grosses retombées financières.

Une autre question se pose également : qui manipule qui ? Il est aisé de croire que l’on contrôle tout à la perfection, même sa propre image, mais en réalité, rien n’est plus compliqué. La multiplication des modes de communication, des médias ne fait que fausser le jeu, le tronquer. Les messages perçus ne sont pas forcément ceux que l’on a envoyés. Le vent tourne vite et encore plus avec la presse et les journalistes. Tout est monté, orienté pour au final fausser, manipuler les esprits, pour rafler un maximum d’argent…

Je soupçonne Amélie Nothomb d’avoir glissé aussi un clin d’œil à l’un des auteurs du siècle dernier qui avait si bien su dépeindre l’innommable : Primo Levi (devenu sous sa plume Pietro Livi, le matricule EPJ327).

De toutes ces horreurs, il en ressort forcément quelque chose : le pire est ce que l’on remarque en premier. On note toutes les bassesses de l’âme humaine, mais également toute ses plus incroyables ressources. La vie est une dure à cuire, elle est tenace et la mort ne prend pas si facilement le pas sur elle.

Je note également le passage où Amélie Nothomb évoque ses semblables : les écrivains, les romanciers. Ceux qui comme elle noircissent des pages et des pages avec des mots, le plus souvent, vides de sens, de sentiments véritables, de réalisme. Quelques phrases jetées là, mais cette fois, elle sont pleines d’une vérité crue, mais simple à comprendre.
« Acide sulfurique » est court, mais finalement, Amélie Nothomb ne se sera pas perdue en de longs discours creux, elle aura su trouver les mots justes.

Reste que rien n’est jamais immuable, les choses, les éléments quels qu’ils soient, les personnes, leurs actes et leurs conséquences font bouger le monde qui nous entoure. Ensuite reste à savoir dans quelle direction : vers une détérioration ou une amélioration de la situation actuelle ? Personne ne le sait jamais d’avance et d’ailleurs, c’est une tout autre histoire qui s’écrit alors…

Voilà un ouvrage d’Amélie Nothomb qui se lit aisément et rapidement. Préférez la version en livre de poche beaucoup moins onéreuse et que l’on trouve même d’occasion dans les bonnes bouquineries. Cette édition a une police de caractère qui ne vous fatiguera pas les yeux car elle est assez conséquente !
Un très bon cru qui démontre qu’il faut bien peu de chose pour que les périodes les plus sombres de notre histoire refassent surface.
Restons vigilants et n’oublions jamais l’essentiel.

Note finale : 16 / 20

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Notes :

1- Les Kapos :

Dans les camps de concentration nazis, c'était un détenu, généralement de droit commun (un criminel ou un bandit) qui était chargé de commander énergiquement les déportés, résistants ou raciaux, pour les services du camp ou pour les travaux extérieurs.
Le mot vient probablement d'un emprunt, à l'italien capo qui veut dire « chef ». D'ailleurs souvent orthographié "capo".

Ces kapos sont évidemment privilégiés : ils échappent aux travaux forcés et peuvent se procurer plus facilement de la nourriture. Ils logent dans une chambre particulière, à l'une des extrémités de la baraque.

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