mardi 20 janvier 2009

Dieu, la plomberie et autres découvertes... - "Metaphysique des tubes" d'Amelie Nothomb


Je suis un peu dans ma période découverte d’auteurs et quand j’aime, je lis sans peine à la suite plusieurs titres du même écrivain histoire de confirmer ou non ma passion pour son style.

Me voici donc avec un nouveau roman d’Amélie Nothomb (que je ne vous présenterai pas en détail car sur la toile des biographies très bien rédigées sont disponibles) entre les mains : « Métaphysique des tubes ».

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L’intrigue :

Jusqu'à deux ans et demi, Amélie se décrit comme un tube digestif, inerte et végétatif. Puis vient l'événement fondateur qui la fait chuter dans l'univers enfantin.
Durant six mois s'ensuit la découverte du langage, des parents, des frères et soeurs, des nourrices japonaises, du jardin paradisiaque, des passions (le Japon et l'eau) , des dégoûts (les carpes) , des saisons, du temps. Tout ce qui, à partir de trois ans, constitue la personne humaine à jamais. Car à cet âge-là, tout est joué, le bonheur comme la tragédie.

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Mon avis :

On connaît l’enfant roi, mais avec cet ouvrage, nous franchissons un cap supplémentaire pour atteindre le divin : Dieu lui-même.
Ceci dit, Dieu se contentait d’exister et ne vivait pas à proprement parler. Il était à peu près aussi dynamique qu’une plante verte, mais ses géniteurs ne s’en inquiétaient point trop car c’était déjà à leurs yeux de la vie ! Les bienheureux !

En tant que mère, j’aurais été plus inquiète que cela, mais en même temps comment blâmer ces parents qui décèlent sans plus d’effort tout ce qu’il y avait de positif dans une telle situation ?
Et ce d’autant plus qu’armés des meilleures intentions du monde, ils mirent leur enfant à dure épreuve parfois afin de le stimuler un peu, de le faire réagir et de nouer ainsi un contact plus tangible. Hélas…
J’en aurai fait tout autant voir même beaucoup plus pour sortir mon bébé de son mutisme et de son immobilité parfaite ! Je me connais, cela m’aurait rendue complètement folle !

Est-ce cela qui s’est passé dans l’esprit de Dieu ?
Amélie Nothomb n’a jamais douté de rien et durant ces premières années de vie, qu’elle nous narre avec brio, elle se permet de se comparer à Dieu, rien de moins ! Notons au passage que tous les enfants éprouvent durant leur petite enfance la toute puissance quasi divine du bébé face à ses parents. Nous avons donc tous été plus ou moins des Dieux pendant un petit laps de temps… Sa comparaison n’a donc rien de si osé en fin de compte.
Et qu’est-ce qui va sortir Dieu de sa torpeur ? Un élément simple, mais bien connu de tous les parents : la frustration !!!! Nous y sommes tous confrontés et à l’image de Dieu, nous n’aimons pas cela ! Mais alors pas du tout et pourtant, il fut bien vivre avec…

La vie est déjà si compliquée. Heureusement que de temps à autre nous avons un peu de plaisir (manger du chocolat par exemple) et cela nous aide à endurer les maux du quotidien. C’est d’ailleurs en découvrant le chocolat (!) qu’Amélie calmera sa fureur.
Pour reprendre un slogan publicitaire très connu, pour elle, ce fut « quelques grammes de finesse dans un monde de brute. »

Le plaisir est donc le moteur de la vie et sans lui, c’est le néant, tout au moins rien de bien stimulant (à moins d’être complètement maso). D’ailleurs ne préfère-t-on pas tout naturellement garder en mémoire les bons moments de notre existence et jeter les autres dans les oubliettes de nos mémoires modernes ?

La parole vient ensuite aux enfants, mais le plus souvent après la marche (question de pratique en somme). Là encore, c’est un fabuleux instrument de pouvoir qu’ils acquièrent et dont nous avons peu à peu perdu le sens réel.
Et puis, si les mots ont le pouvoir de renforcer votre supériorité, de vous rendre divin, alors comme Amélie, vous choisirez vite votre camp. Pour une fois, c’est la parole qui est d’or et le silence d’argent !

Mais comme tout pouvoir, il existe des limites. Elles sont parfois dures à accepter (voir la frustration). C’est tout à fait normal, mais pas plus facile pour autant. L’auteur en parle très bien grâce à ses expériences toutes personnelles, mais qui nous sont un peu familières également.
Idem pour ce qui concerne les différences de toute nature qui régissent notre monde. Certaines tombent sous le sens alors que d’autres sont tout bonnement révoltantes.
Qui a dit que notre existence était un long fleuve tranquille ?

La curiosité n’est pas toujours un vilain défaut. Elle peut être stimulante, nous donne l’envie d’aller encore et toujours plus loin dans nos raisonnements, nos questionnements, nos expériences…

La mémoire est quant à elle notre plus belle arme contre la tristesse qui nous submerge lorsque nous perdons un être cher ou un pays qui aurait pu/du être le nôtre. Le souvenir maintient vivant ce qui n’est plus, ce qui a disparu. Notre esprit peut donc vaincre le néant avec une telle facilité que cela en devient déconcertant. Je trouve cela majestueux !

D’après encore le témoignage d’Amélie, il était aisé de céder au doux chant de la mort surtout si elle vous prend sous les eaux, mais la vie avec l’aide d’autrui à pour le moment toujours été la plus forte (et tant mieux pour nous lecteur).
N’est-ce pas la vie rend les « tubes » plus intéressants qu’il n’y paraît au premier abord ?

Un opus qui se lit donc facilement, d’une traite car, il est encore une fois assez court. Il n’en reste pas moins assez dense quant à son contenu si l’on y réfléchit un peu (et si vous avez survécu à ma prose).
J’admire le style de l’auteur qui en si peu de mots parvient à nous faire toucher du doigt tant de vérités si simples, mais je peux également comprendre que tout le monde ne soit pas fan de la plume d’Amélie Nothomb car c’est indéniablement, un cas à part dans la littérature contemporaine.


Note finale : 15 / 20

2 commentaires:

Céline a dit…

La découverte de la frustration n'est-elle pas aussi, la meilleure façon de découvrir d'autres bonheurs ? :)

Emeralda a dit…

Il est clair que de la frustration peut naître un plaisir presque sans nom ! ;-) Au moment de l'assouvissement...

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