mardi 11 octobre 2011

Où on va, papa ?


Le livre :

Où on va, papa ? De Jean-Louis Fournier, chez Stock, 154 pages, 15 €.
Existe en version de poche, chez Le Livre de Poche pour 5 € 50.


Pourquoi j'ai choisi ce livre ?

J'ai choisi ce livre pour différentes raisons et qui toutes ont fait que je n'ai pas hésité plus de quelques secondes à l'emprunter à la médiathèque en bas de chez moi :
J'avais eu de très bons échos sur la Toile en général, mais aussi parce que j'avais vu son auteur présenter son ouvrage lors de sa sortie dans mon émission littéraire favorite : la grande librairie sur France 5.
Enfin, on en a longuement parlé en bien durant ma dernière réunion littéraire organisée dans ma médiathèque.
Avec tout cela, j'avoue que j'en attendais beaucoup.


Le pitch :

Jusqu'à ce jour, je n'ai jamais parlé de mes deux garçons.
Pourquoi ? J'avais honte ? Peur qu'on me plaigne ? ! Ou cela un peu mélangé. Je crois, surtout, que c'était pour échapper à la question terrible : Qu'est-ce qu'ils font ? Aujourd'hui que le temps presse, que la fin du monde est proche et que je suis de plus en plus biodégradable, j'ai décidé de leur écrire un livre. Pour qu'on ne les oublie pas, qu'il ne reste pas d'eux seulement une photo sur une carte d'invalidité.
Peut-être pour dire mes remords. Je n'ai pas été un très bon père. Souvent, je ne les supportais pas. Avec eux, il fallait une patience d'ange, et je ne suis pas un ange. Grâce à eux, j'ai eu des avantages sur les parents d'enfants normaux. Je n'ai pas eu de soucis avec leurs études ni leur orientation professionnelle. Nous n'avons pas eu à hésiter entre filière scientifique et filière littéraire. Pas eu à nous inquiéter de savoir ce qu'ils feraient plus tard, on a su rapidement que ce serait : rien.
Et surtout, pendant de nombreuses années, j'ai bénéficié d'une vignette automobile gratuite. Grâce à eux, j'ai pu rouler dans des grosses voitures américaines.



Ce que j'en ai pensé :

J'ai déjà eu l'occasion de lire Jean-Louis Fournier et j'avais beaucoup aimé. C'était dans un autre registre, plus humoristique, pas le moins du monde autobiographique comme cette fois. Cependant, c'est très confiante que j'ai débuté la lecture de cet ouvrage, forte de tous les commentaires enthousiastes des lecteurs que j'ai rencontré sur la Toile ou en réel.

D'emblée, le ton va être donné par la seule personne qui a le droit de railler ses enfants : leur père.
Le sujet ne prête pas vraiment à sourire ou à faire de mauvaises plaisanteries, ce ne serait pas politiquement correct et pourtant, Jean-Louis Fournier ose grâce à son statut paternel. Il sait de quoi il cause, il a connu "deux fins du monde", lui !

Il veut rendre un hommage à sa manière à ses deux premiers enfants qui étaient handicapés et qui aujourd'hui ne sont plus. Il sait trouver de fort belles formules pour nous le dire comme : "Mathieu est parti chercher son ballon dans un endroit où on ne pourra plus l'aider à le récupérer."
J'ai trouvé cela beau, émouvant alors que l'objectif de cet ouvrage n'est pas de nous attendrir, du moins, ce n'est pas un récit qui veut à toute force nous faire pleurer. Non, Jean-Louis Fournier raille, plaisante, se moque sans méchanceté, établit des faits sans faux semblants. C'est l'histoire d'un papa avec deux fils qui n'ont pas eu de chance, qui furent différents, mais qui furent pourtant bien présents et qu'il ne veut pas oublier.

Jean-Louis Fournier ne nous épargne pas dans le sens où il ne nous cache rien. Avoir des enfants handicapés, ce n'est pas drôle. C'est même plutôt lourd et épuisant tant physiquement que nerveusement, même s'il y trouve quelques avantages (si je vous assure). C'est encore dit sur le ton du sarcasme, avec peut-être une pointe d'aigreur, de regret, mais ce fut son lot et celui de Mathieu et de Thomas. Ils ont fait avec et ils s'en sont pas trop mal tirés. D'ailleurs le ton employé dans cet ouvrage cache beaucoup d'amour. Ce n'est pas parce que ce père plaisante sur ses enfants qu'il ne les a pas aimé, c'est sans doute tout le contraire. Il ne les oubliera jamais et nous aussi grâce à ce livre.

On éprouve toutes une palette de sentiments. On sourit, on s'amuse presque, on est touché. Le tragique côtoie le comique avec aisance, un naturel surprenant, mais salvateur. Il y a une tendresse infinie dans ce livre, la douceur est palpable, mais hélas la dure réalité rattrape toujours nos protagonistes comme une certaine fatalité dont il faut s'accommoder coûte que coûte. On n'est pas dans un cauchemar, ni dans un rêve, c'est juste la vie avec son lot d'absurdités.
Je crois qu'il faut absolument livre ce titre pour mieux comprendre les parents d'enfants handicapés.
Ce sont des hommes et des femmes admirables, qui comme nous sont fatigués (plus en réalité, mais ils font face), qui en ont ras-le-bol, qui pensent, qui imaginent des choses horrible, mais à mon sens très saines, car nous ne sommes pas des super-héros, nous sommes juste des êtres humains avec nos limites. Tous les parents me comprendront et Jean-Louis Fournier également.

Il y a tout ce qu'il ne fera jamais avec ses fils, tous ces petits riens qui pourtant ont de la saveur et de la valeur à nos yeux. Non, le handicap va priver Jean-Louis Fournier de ces moments de joie, mais il aura eu d'autres plus cocasses assurément.

Il y a aussi les idées noires qui passent, mais ne restent pas car la vie est ainsi faite. La nature donne de l'énergie même aux plus fatigués de tout. Les parents d'enfants handicapés ne savent pas toujours comment ils font pour toujours aller de l'avant, mais ils le font jour après jour.
Quelle abnégation quand même. Cela force le respect et rassure en même temps sur la nature humaine.

C'est court, bref et incisif.
Jean-Louis Fournier tranche dans le vif et tire sur les pansements d'un coup sec. Ça fait mal, mais cela dure moins longtemps (enfin en théorie parce que lui, ses blessures ne guérissent pas complètement).
Son écriture est concise. J'apprécie de ne pas me noyer dans le superflu.

N"hésitez pas, franchissez le pas et lisez ce court bouquin qui va bousculer pas mal de choses dont nos façons de percevoir les éléments extérieurs. C'est véritablement un ouvrage qui peut aider à faire évoluer les mentalités, même si évidemment c'est une goutte d'eau dans l'océan de ce combat.
Vous ne le regretterez pas (enfin je l'espère).
Je vous concèderai bien volontiers que le dernier paragraphe laisse un petit goût amer, cependant faut-il se boucher les yeux et les oreilles ?
On n'est pas dans le registre du pathos, c'est bien au-delà et je vous assure que même avec tous les sentiments que vous éprouverez en parcourant ces quelques pages (cela se lit en fait très vite car les chapitres sont parfois de simples paragraphes), on en ressort grandi.


Et s'il fallait mettre une note : 17 / 20



Les bonus :

La fiche de Jean-Louis Fournier sur Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Louis_Fournier

Une petite vidéo avec l'auteur qui avait reçu le prix Fémina en 2008 et certains de ses confrères : http://www.dailymotion.com/video/x7b2xs_prix-femina-2008-jean-louis-fournie_news

8 commentaires:

Acr0 a dit…

... et bien préciser que ce livre est un roman pas une autobiographie ;) Et prendre en compte l'avis de la maman : http://mamanmathieuetthomas.monsite-orange.fr/

MyrtilleD a dit…

Je n'ai jamais osé lire ce livre, peur que ce soit trop lourd à porter.

Mélo a dit…

Personnellement je n'ai pas accroché à cet humour. Je ne l'ai même pas chroniqué. C'est très moyen, de mon point de vue.

Biiiz.

Emeralda a dit…

Oui merci AcrO pour le lien qui est très utile pour tous les lecteurs.

Rassure toi Myrtille, j'ai longtemps pensé comme toi et puis, ce sont d'autres lecteurs qui m'ont convaincu de franchir le cap.

Mélo, tu as tout à fait le droit de dire que tu n'as pas aimé ce titre. Il en faut pour tout le monde et j'apprécie d'autant plus que tu sois passée me lire.

Delphine a dit…

J'ai eu du mal avec ce livre et encore plus après avoir lu la vision de la mère, c'est important de l'évoquer quand on parle de ce livre je pense.

diabazo a dit…

Pareil, j'ai été marquée par ce livre et cette manière différente d'aborder le handicap. C'est pas vraiment drôle, c'est surtout cynique, et je comprends que l'on puisse ne pas accrocher, mais je pense que c'est une lecture à faire !

bonheurdujour a dit…

C'est un très beau livre, très émouvant. Il lui a fallu du courage pour écrire tout cela.

Emeralda a dit…

Je suis de ton avis Delphine. Je ne connaissais pas l'avis de la mère avant qu'AcrO me passe le lien.

Ce n'est pas une lecture facile, mais cela reste une façon d'aborder le sujet original et qui peut faire de bien. Après, effectivement, il faut que cela convienne. Je comprends que certains lecteurs soient totalement réfractaires.

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