vendredi 22 avril 2011

Le trottoir au soleil de Philippe Delerm


Encore un livre que je n'aurais peut-être pas lu si je n'avais été tentée par le bel échange que j'ai pu suivre dans "La grande librairie" sur France 5 un de ces derniers jeudis.
Je veux parler de l'ouvrage de Philippe Delerm, "Le trottoir au soleil".
Ce n'est pas mon premier Delerm (si j'ose dire ainsi), mais disons que ce sont en général des lectures que j'aime espacer dans le temps pour ne point me lasser car s'il est exact que les écrivains rédigent souvent le même livre avec des variantes, chez cet auteur, cela me parait encore plus véridique comme affirmation. Donc, pour mieux apprécier son travail, j'ai choisi l'option de le lire, mais par petites touches.

Pour présenter un peu Philippe Delerm à celles et ceux qui ne le connaitraient pas encore, disons que cet écrivain français est né en 1950 et qu'il a choisi de s'établir depuis 1975 en Normandie. Il est le papa de Vincent Delerm que les amateurs de musique apprécient peut-être.
Son parcourt littéraire est un peu chaotique car Philippe Delerm a mis des années avant de connaître le succès notamment avec "La première gorgée de bière". Ceci expliquant pourquoi il n'a arrêté sa carrière de professeur de français qu'en 2007. Il se consacre maintenant pleinement à l'écriture.


Voici ce que vous pourrez lire en quatrième de couverture de son dernier ouvrage :

"Le trottoir au soleil s’inscrit dans la lignée des textes brefs, La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules, La sieste assassinée, Dickens, barbe à papa et autres nourritures délectables… qui ont fait le succès de Philippe Delerm.
Avec la même minutie que dans les recueils précédents, il évoque ces petits éclats de vie qui font la trame des jours heureux : le miroitement du soleil sur l’eau, les moments passés avec un enfant, les arrivées à Paris sous la verrière de la gare Saint-Lazare… Ce nouveau recueil marque cependant une inflexion par rapport aux précédents : une incursion discrète vers l’intime, un balancement entre le « on » et le « je », un effet de miroir subtilement nostalgique à propos du temps qui passe… Le rythme, aussi, diffère : régulièrement, un texte plus développé vient ponctuer le recueil, lui apporter la dimension de la réflexion.
Mais sans gravité inutile : comme le titre l’indique, tout l’ouvrage se place sous le signe du côté ensoleillé de l’existence, de cette lumière solaire seule capable de transfigurer le moindre détail pour en faire un instant parfait."


Et voilà, ce que j'en ai pensé après l'avoir lu intégralement :

Je le dis pour débuter, j'apprécie beaucoup cette collection chez Gallimard. J'apprécie surtout la sobriété de la couverture et cela laisse toute la place justement à la quatrième de couverture. Cette dernière reprend l'essentiel du second texte de cet ouvrage. Il illustre à merveille le ton et tout ce qu'à voulu nous faire partager Philippe Delerm avec ses écrits. Enfin, c'est ainsi que je l'ai perçu.
Et qu'est-ce donc ?
C'est garder le souvenir du meilleur avec ce brin de nostalgie. Un sentiment très riche et que l'on réduit trop justement. il est complexe car il est un savant mélange de tristesse (le passé ne reviendra pas), mais peut être également agréable (souvenir de plaisirs doux, agréables).
La sobriété de cette collection correspond donc parfaitement à l'esprit de cet ouvrage.

On parle souvent de Philippe Delerm comme étant un auteur solaire. C'est sans doute vrai et ce n'est pas à moi, pauvre lectrice de juger, mais ce que je me dis tout bêtement à mon niveau, c'est que cela fait du bien de lire des textes où tout n'est pas sombre, où la désespérance est de mise et dont on ne sait plus très bien comment en sortir !
Parce que très honnêtement (et moi la première), se plaindre, gémir, pester, grogner, on sait bien le faire ! Mais profiter de l'instant présent, c'est déjà nettement moins évident et du coup, on perd beaucoup, peut-être même l'essentiel de ces moments de plaisir puisque l'essence même du bonheur est qu'il est fugace pour l'on puisse mieux le reconnaître et en théorie l'apprécier.

Notre temps est compté alors pourquoi ne pas rechercher plus le plaisir, le bonheur et donc prolonger notre chemin sur "Le trottoir au soleil" (titre bien trouvé d'ailleurs).
Je ne prône pas et Philippe Delerm non plus, la fuite en avant, ni même une course éreintée dans cette quête. au contraire, ce serait plutôt le contraire. Le temps file, souvent trop vite, "mais rien ne sert de courir, il suffit d'arriver à point". Il suffit juste d'être suffisamment attentif pour repérer ces petits moments agréables. Ils savent se faire discrets et on pourrait bien ne point y prêter attention. On se sentirait alors frustré car on pourrait croire qu'ils n'existent point ! Ce ne sont pas des légendes urbaines, soyez juste plus concentré, papillonnez un peu moins et vous les percevrez ici, là ou bien encore là-bas…

Beaucoup vont vouloir comparer "Le trottoir au soleil" à "La première gorgée de bière". La forme même de l'ouvrage s'y prête indéniablement, mais je trouve que Philippe Delerm va bien plus loin dans ce titre.
Sa prose est plus travaillée, on est moins dans le primaire, on est entré dans le littéraire sensitif. Je veux dire par là que les mots sont plus recherchés, les tournures, les expressions plus complexes et que la recherche du plaisir, du bonheur passe aussi par cette transcription à l'écrit des sensations, des sentiments.

Certains chapitres portent des titres, d'autres non, mais ils sont tous très courts.
Ceux qui n'en possèdent pas (de titre), sont assurément plus personnels que les autres. Plus globaux aussi et s'attachent plus aux ressentis, aux personnes, aux êtres qui peuplent nos existences. Philippe Delerm se dévoile et montre quelle sa véritable nature "solaire". Il souhaite surtout être un homme qui vit, qui se souvient, qui ressent des choses, qui prend le temps de surtout maintenant que l'âge vient…

Mes textes coup de coeur de l'ouvrage sont : (à vous de trouver les vôtres car je suis certaine que vous trouverez, vous aussi des passages qui vont vous toucher.)

- On n'est pas invité !
Sans doute parce que je n'aime pas les rendez-vous groupé, les réunions trop codifiées comme par exemple un mariage. Le bonheur est de mise en théorie, mais je ne le trouve que de façade car imposé, rigidifié par des pratiques devenues obligatoires, et en résumé, cette joie n'est pas assez spontanée. On est dans la représentation.
Je ne suis pas à l'aise dans les assemblées trop nombreuses alors chouette, avec mon mari qui partage aussi mon goût pour la quiétude, on se dit également : On n'est pas invité !

- Dans un grain de sable, toute la plage
Parce c'est dans l'immensité que l'on se perd et pourtant c'est un détail que l'on peu retrouver cette même immensité.
"Oui, tout un Sahara au ras du sol. Autant d'immensité dans le monde à ses pieds."

- Se plaire dans Turin
Parce que Turin n'est pas si loin de chez moi que cela, parce que mon vendeur italien de Pasta vient de Turin et que je le rencontre tous les samedi en faisant mon marché.
Parce que Turin est un belle ville quoiqu'on en dise.
Parce que j'ai aussi les même impressions que Philippe Delerm en traversant cette cité. J'aime être parfois à contre-sens, penser différemment, être différente tout simplement. Je n'aime pas devoir rentrer dans un moule bien-pensant, j'aime me forger mes propre opinion et ne pas céder aux images, aux idées toutes faîtes. Et puis, je pense qu'en chaque lieu, chaque chose, il y a forcément du bon et du moins bon. Il suffit juste de regarder et de ne pas tout juger à la va vite.
"Les raisons d'admirer; de se sentir en accord ne manquent pas, mais le meilleur vient aussi de cette petite mauvaise fois initiale qui tient sa place dans l'alchimie du plaisir. aimer ce que les autres ont dédaigné, ce dont ils se méfient."
"Mais on n'est pas non plus de ceux qui ont envie de lire seulement ce que les autres lisent."

- Le ballon jaune
Dans ce petit texte, j'aime particulièrement la vision de Venise que l'on nous propose et le mélange que l'on peut en faire avec des souvenirs d'enfance.
Je suis bien plus jeune que Philippe Delerm et pourtant moi aussi je me souviens de ces boules de couleur accrochées aux fils électriques pour les signaler aux petits avions qui voleraient trop bas. Une bouffée de nostalgie m'a saisie. J'ai reposé le livre et j'ai pris un moment pour visionner mentalement des trajets, des photographies de mon enfance à moi.

- Deuxième vie
J'adore les brocantes par ce que l'on peut y faire de bonnes affaires, nouer des contacts sympathiques, échanger des bons plans, des astuces. Je parle évidemment des brocantes entre amateurs car avec les professionnels, c'est une toute autre histoire. D'ailleurs en général, on se tourne vers eux pour un certain type d'achat, mais pour des bricoles, c'est vers nos semblables que l'on va le plus volontiers. Dans ce petit texte, je me suis reconnue, je me revois déambuler avec mon mari et mes filles dans les allées délimitées par les petits stands de chacun. Un véritable bric à bac, un peu de tout, beaucoup de rien et puis là, le regard accroche.
"Les choses vont à qui saura leur donner une petite vie nouvelle. Pour deux euros, on ne meurt plus."

- La passagère
Un petit texte qui rend hommage à la maman de Philippe Delerm. C'est sobre, mais pas réellement triste, juste nostalgique car cette personne n'a pas complètement disparue, elle n'est juste plus là. Son souvenir reste quant à lui bien présent.

Ma note finale : 18 / 20




Philippe Delerm présente Le trottoir au soleil par FranceInfo



1 commentaires:

soukee a dit…

Je viens de l'acheter pour le lycée... Il faut que je le lise, en grande inconditionnelle de cet auteur que je suis !

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