vendredi 25 novembre 2011

Du bulgom et des hommes d'Amandine Dhée

Le livre :

Du bulgom et des hommes d'Amandine Dhée, aux éditions La Contre Allée, 14 €, 112 pages



Pourquoi ce livre ?

Je poursuis mon petit bonhomme de chemin dans l'opération organisée par Libfly : un éditeur se livre avec cette fois les éditions de La Contre Allée.
Ceci est le troisième livre que je découvre dans cette aventure toujours dans le même corpus éditorial. Les genres se suivent et ne se ressemblent pas forcément. Tant mieux, j'adore être surprise et cette fois-ci ce sera en théorie par Amandine Dhée, une jeune auteur de la région Nord Pas de Calais.
Bon assez bavardé, en route pour de nouvelles péripéties littéraires.


Le pitch :

« Les gens dans la ville ne peuvent pas faire que s aimer. Ils doivent aussi manger. Une saine vie médiatique nous le rappelle : cinqfruitsetlégumesparjour. Et aussi qu'il faut mangerbouger. Cette injonction me laisse songeuse : qu attend-on de moi exactement ? Faut-il que je bouge juste après avoir mangé ou faut-il que je bouge en mangeant ?
Mais dans la ville on peut pas fabriquer soi-même ses légumes à cause de la terre de ville qui est nostalgique, et qui garde en elle des souvenirs des entreprises d avant où maintenant c est du chômage mais n empêche.
J ai bien tenté d éditer mon propre livre de recettes : La cuisine aux métaux lourds, c est facile ! mais je me suis sentie très peu soutenue. »

Vieilles dames armées, super héros souterrains, conseillers municipaux inspirés, ... autant de personnages avec lesquels Amandine Dhée passe au crible les comportements humains en milieu urbain à la façon d un documentaire animalier.
Un ton décalé et un humour corrosif distinguent ce premier ouvrage, jubilatoire.

Une adaptation audio est à télécharger en complément sur le site des éditions. www.lacontreallee.com


Ce que j'en ai pensé : (attention chronique un peu déjantée)

Ce livre est un recueil de texte qui certainement passent très bien à l'oral (forme de communication privilégié tout d'abord par l'auteur), mais que pour ma part, je découvre à l'écrit. Je sais bien qu'il y a une version audio de l'ouvrage disponible et que l'on peut télécharger, mais je ne me précipite pas immédiatement dessus. Je vais prendre mon temps et je l'écouterai sans doute bien plus tard.

Avec le tout premier texte intitulé : "La ville pousse", c'est le manque total de ponctuation qui me gène.
Très franchement les premiers paragraphes sont presque incompréhensibles pour moi et je dois les reprendre une fois, deux fois, trois fois, pour enfin saisir toute la portée de cette écriture minimale, mais absolument pas minimaliste. Les mots s'enchainent et ce sont des flashs de l'enfance, d'une enfance (celle d'Amandine peut être, ce prénom est cité) qui m'apparaissent. La construction est donc chaotique, mais bien complète.
Je m'y retrouve enfin, cette époque me parle, j'ai vécu à peu de chose près des expériences similaires. Cet écrit est court, mais riche. Pour être déroutée, je l'ai été. La surprise fut désagréable au tout début, puis, j'y ai pris goût. C'est comme s'il m'avait fallut réapprendre, réapprivoiser une certaine forme de communication.

Dès le second texte, la ponctuation fait son retour. Ouf car même si j'ai fini par apprécier le premier texte, ce n'est pas de tout repos.
"Dessous la ville", il y a parfois un métro que l'on emprunte sans vraiment y penser parce que c'est bien pratique, relativement rapide et puis parfois, on n'a pas d'autres choix !
Dans ce texte, on va avoir une nouvelle vision de ce mode de transport, de ceux qui font ce qu'il est et de ceux qui l'empruntent  avec nous. C'est doux-amer avec un trait à peine forcé vers l'absurde. Voilà une vie sous la terre qui pourrait aussi vous faire frémir, sourire, en bref réagir.

"Verte ville" est le troisième texte et forcément, on va aborder un autre élément qui compose nos citées urbaines : les espaces verts.
En ces temps où l'écologie est partout, Amandine Dhée aborde le sujet, mais encore une fois au détour de propos décalés qui nous conduiront ensuite vers le Bulgom (cette matière souple se trouve souvent sur les aires de jeux pour les enfants car c'est elle qui est censée amoindrir le choc de leurs chutes). Bulgom que l'on retrouve cité dans le titre et qui comme moi a dû vous interpeller ou vous faire poser la question suivante : Mais c'est quoi du Bulgom ? (Si avouez que vous ne saviez pas à quoi cela correspondait… Que je me sente moins seule).
La ville, symbole du paradis ou de l'enfer pour certain car soit on est un citadin, soit on ne l'est pas. Dans tous les cas, cela n'empêche nullement de souffrir entre ses murs car on peut s'y sentir bien seul.

"Vieille ville "est la suite logique de "Verte ville". Les textes se suivent et s'enchainent sans peine. On prend un certain rythme dans notre lecture et on se sent de plus en plus à l'aise avec cette écriture peu banale.
Là, on commence comme dans un reportage dignes 'Histoire naturelle" que seuls les insomniaques peuvent véritablement regarder sans craquer (hélas pour eux). Ah si les vieux également !!! (Sûre qu'Amandine Dhée aurait pu l'écrire cette vacherie là !).
Bref, tout ceci n'est guère politiquement correct, mais on s'en fiche complètement car l'important, c'est de communiquer, de tisser des liens sociaux avec les autres, même si c'est au prix fort, c'est-à-dire en choquant les gens. C'est moins terrible que les dernières pubs Benetton quand même, mais c'est moins mercantiles également.

Tout cela, nous conduit au texte suivant donc : La ville c'est les autres. (sans la virgule, je sais bien, mais c'est pas moi, c'est elle !!!!!!!)
Là, en lisant les première lignes, je me revois parfaitement passer mon attestation de secouriste en milieu de travail (nous étions 2 pour 20 agents). Et j'ai aussi cette angoisse (comme la narratrice) quand survient un accident ou un incident en ma présence. Je ne sais plus rien des belles théories à mettre en pratique pour venir en aide à la victime. Ouf, je ne suis donc pas différente de l'auteur qui elle aussi panique à l'idée d'aller intervenir. Bon pour le moral pour moi, mais mauvais pour la victime… Oh et puis tant pis pour elle, elle n'avait qu'à faire attention aussi ! (Oups I did it again !!!!). Voilà encore une autre vacherie inspirée par le style d'Amandine Dhée. Elle me met donc en forme la petite dame, mais attention à ne pas me "claquer" en route car oui à l'endurance plutôt qu'à la performance… Et vlan, nous voilà au texte suivant qui aurait pu s'intituler aussi : Hommes et Femmes, mode d'emploi ?

Enfin fournir tous ces efforts, ça creuse l'estomac et tout naturellement, on arrive à la "Ville mange".
Nourriture à base de bons mots qui me rassasient pleinement sans jamais que cela ne soit indigeste. D'ailleurs, c'est tout bonnement impossible car les portraits des commerçants du quartier sont garantis sans OGM (Original Gag Miteux), mais plutôt tous label rouge. Même remarque pour les portraits des habitants dudit quartier. Tous plus véridiques que des caricatures car on le sait bien, plus c'est gros et plus ça passe ! (peut-être aussi parce que c'est vrai, la fiction se faisant lamentablement doublée par cette bonne vieille réalité).

Un livre court à lire avec l'esprit ouvert, un peu de bonne humeur et un brin de nostalgie aussi.
Un ouvrage avec un humour souvent un peu sombre, limite désabusé, mais il vaut mieux en rire que d'en pleurer, pas vrai ?????


Et s'il fallait mettre une note : 15 / 20


Les bonus :


La fiche de l'auteur sur le site de l'éditeur : http://www.lacontreallee.com/auteurs/amandine-dhee

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