mardi 22 novembre 2011

Aux âmes sombres de Jérôme Fagnoni


Le livre :

Aux âmes sombres de Jérôme Fagnoni, aux éditions LU, 189 pages, 10 €


Pourquoi ce livre ?

Comme toujours, c'est pas curiosité que j'ai voulu découvrir cet ouvrage, mais cette fois-ci, j'avais en plus un tout autre motif : je connais l'auteur personnellement. Il s'agit d'un ami d'adolescence que j'avais perdu de vue pendant quelques années et que j'ai retrouvé via la magie (un moteur de recherche) de la Toile (merci Facebook pour une fois).
"Aux âmes sombres" est le premier roman que je lis de Jérôme Fagnoni, mais ce ne sera assurément pas le dernier car j'ai eu un cadeau d'avant Noël un peu spécial : l'intégrale des oeuvres littéraires de l'auteur ! Pour moi, il n'y a pas de plus beau cadeau que des livres et si cela peut aider à faire connaître un ami alors, je saute à pied joint sur l'occasion !
Cependant, mon avis sera aussi objectif que possible car je ne veux pas juste faire plaisir à mon ami. Ce ne serait d'ailleurs pas lui rendre un véritable service, si le roman était mauvais, que de lui dire à toute force le contraire. Donc à partir de maintenant, ce n'est plus l'amie qui va s'adresser à vous, mais plutôt la lectrice assidue, rodée en partie aux lectures critiques grâce à de multiples partenariats et quelques jury littéraires de lecteurs. Je vais essayer d'être aussi professionnelle que possible dans mon amateurisme.


Le pitch :

Paul est un trentenaire que nous allons rencontrer dans un hall de gare un soir où la température ne sera pas des plus clémentes.
Que fait-il ici ?
Qui est-il venu attendre ?
Pourquoi ?
Qui va-t-il rencontrer ?
Cela va-t-il changer le court même de son existence ?
Tout cela et encore bien d'autres choses, vous le saurez si vous lisez ce premier roman de Jérôme Fagnoni.



Ce que j'en ai pensé :

Tout va commencer dans une gare que j'ai longuement fréquenté…
La Drôme, c'est toute mon enfance. j'y suis même née, mais c'est sans un remord que j'en suis partie à 18 ans, mon bac littéraire en poche.
Débuter donc ce roman dans la gare de Valence m'amuse un peu et fait resurgir bien des souvenirs : aller-retour en train pour ma nouvelle ville universitaire, Grenoble. Je revois parfaitement cette ambiance glaciale pleine de courant d'air, d'annonces incompréhensibles et de tableaux d'information avare d'information justement sauf pour les temps de retard des trains à l'arrivée ou au départ. Et comme je prenais souvent le train assez tard, voir carrément de nuit pour être moins bousculée, je trouve le décor parfaitement dépeint.

Paul, l'un des héros centraux de ce récit, est un trentenaire comme Jérôme ou moi-même (nous sommes des conscrits). Il est assez facile donc de suivre son raisonnement, de comprendre toutes les références qui sont faites à divers artistes ou oeuvres du 7ème art, de la chanson ou autre pour moi. Oh et puis la trentaine, c'est le bel âge parait-il, celui où tout est possible, mais c'est également celui où l'on prend ses premières véritables claques. On n'est plus tout à fait aussi jeune, on aborde bientôt un virage important. Paul n'y échappe pas plus que les autres. Peut-être même moins.
Il peste, il râle, bref, c'est un bon français moyen qui grogne et avec la SNCF comme "VIP" durant toute la première partie du roman, ce n'est guère étonnant quand même.

Quelques petits détails dans les propos de Paul situe le récit à la fin des années 2 000, nous sommes donc bien dans de la littérature purement contemporaine et cela me convient assez bien. 

Pour en revenir à Paul, il possède une gestuelle, des sortes de tics qu'il me semble bien reconnaître (cela fait des années que je n'ai plus revu Jérôme et nos contacts sont uniquement postaux ou sur la Toile). Je dirai donc que ces gestes sont semblables pour certains à ceux que faisait Jérôme il y a quelques années en arrière, mais c'est sans doute normal car Paul est quelque part un peu son double fictif (pas sur tout fort heureusement).

L'attente est un prétexte assez logique que Jérôme utilise dans sa narration pour justifier la succession de rencontres que va faire Paul dans la gare de Valence. ça et le fait qu'effectivement une gare est un lieu de transit pour beaucoup de monde même à des heures aussi tardives et par grand froid.
Une rencontre est égale à un chapitre au début. Voilà donc un découpage simple et fort pratique pour le lecteur qui ne peut pas se perdre et qui peut même imaginer un peu ce qui va suivre grâce au titre des chapitres.
Certaines de ces entrevues vont donner lieu à des dialogues surprenants, presque surréalistes comme celle avec le "Sybarite".
D'autres seront avec une valeur ajoutée moindre. Comprenez par là qu'elles m'ont semblé plus mornes, moins intéressantes ou moins bien exploitées par l'auteur.
D'autres encore vous feront sourire ou réagir. Et je crois que le but de Jérôme est bien là : provoquer en nous un sursaut, faire jaillir une étincelle…

Et pour Paul, il y aura une escarbille qui pourrait bien allumer un grand feu. Catherine va éveiller en lui plus que de l'intérêt.
Rencontres du hasard, complicité ou non du moment et… Bref lisez et vous saurez tout !

Côté style, j'ai bien remarqué quelques faiblesses et des petites erreurs ou incohérences ici ou là, mais elles restent mineures. Il ne faut pas oublier que nous sommes là avec un premier roman et forcément, c'est un peu plus maladroit.
Il y a cependant de bonnes idées et donc cela me plait assez dans l'ensemble. Cela me touche même. J'oublie les imperfections pour saisir ce qui est essentiel : le coeur de la réflexion, le questionnement universel. Reste juste que cette première partie (la moitié du livre en somme) est un peu poussive et pourrait ennuyer certains lecteurs. Ce serait dommage car la seconde partie m'a très agréablement surprise. Elle tranche assez (le cadre, le rythme de vie et l'arrive du personnage d'Aurore) et me semble bien meilleure, plus captivante bien qu'elle comporte encore quelques clichés (attendus).

Paul vit des moments très difficiles, pour ne pas dire insurmontables au moment où nous le rejoignons. Le titre "Aux âmes sombres" est parfaitement justifié par le contenu du roman comme vous pourrez le découvrir par vous-même si vous décidez de lire cet ouvrage. Cependant, je puis vous assurer qu'il n'est pas aussi désespéré que certains pourraient aisément l'imaginer. Une âme par exemple, c'est le principe vital, transcendant ou immanent de toute entité dotée de vie. C'est assez positif quand même. Quant à "sombres", c'est vrai que c'est moins lumineux, mais ce n'est pas pour autant obscur.
J'ai envie de voir là un côté non définitif, juste passager car tant qu'il y a de la vie sur cette terre, les possibilités qui s'offrent aux vivants sont innombrables pour qui veut bien les saisir (les comprendre et les mettre en oeuvre). Il peut bien évidement y avoir quelques "ratés", mais une chose est certaine, j'ai été complètement absorbée par ma lecture à partir de la seconde partie de cet ouvrage.
Donc après des débuts quelques peu poussifs, répétitifs, caricaturaux parfois, mais non dénués de sens comme on le verra par la suite, j'ai trouvé un texte plus rythmé, vivant, vivifiant et entrainant.

Le final sera différent de ce que l'on pourrait attendre (mais je ne dirai rien même sous la torture) et je me dis : Vivement la suite !
Enfin personnellement, ça ira, elle n'est pas bien loin donc le suspens, je le vis très bien…

Une plume à découvrir, qui se cherche encore, mais qui ne manque pas d'idées.



Et s'il fallait mettre une note : 14 / 20


Les bonus :

Le blog de l'auteur pour mieux le découvrir car oui, il n'a pas sa langue dans sa poche et il y exprime ses idées. Venez vous aussi enrichir le débat : http://www.jerome.fagnoni.fr/
C'est aussi là que vous pourrez commander l'ouvrage.

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