jeudi 10 décembre 2009

Il n'est jamais trop tard... - "Le drôle de Noël de Scrooge" de C. Dickens


Il y a des classiques de la littérature que l’on lit plus jeune et qui bien des années plus tard se représentent devant vous. C’est comme une invitation personnelle pour replonger dans ces écrits qui vous ont transporté alors.

Ces mêmes classiques ont été adaptés maintes fois au cinéma ou à la télévision (avec plus de 75 adaptations dans le cas qui nous intéresse aujourd’hui, parfois non-officielles, on frise le record absolu), mais une nouvelle version est toujours un événement. Quand Disney est derrière le projet, c’est encore plus « magique ».
Cela donne l’occasion de faire découvrir aux plus jeunes que cette histoire était à l’origine un livre, écrit par un auteur de talent et dont ils connaissent peut-être certains titres de nom à défaut de les avoir déjà lus.

« Le drôle de Noël de Scrooge » de Charles Dickens sort dans toutes les bonnes salles de cinéma, mais aussi dans vos librairies. C’est un « produit » de saison en plus, mais il ne faut pas que cela vous empêche de le lire ou de le voir en plein mois d’août !
C’est quand même dans l’optique de faire une lecture commune dans le ton du mois de décembre, que ce titre (qui possède plusieurs traductions en français comme « Un chant de Noël ») est devenu celui du Book Club en décembre 2009, sur le site de Livraddict.
Une nouvelle occasion d’échanger, de discuter et partager ma passion pour la littérature.

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L’auteur : (Source http://clpav.fr/dickens.htm)


Né le 7 février à Portsmouth en Angleterre en 1812, Charles Dickens est l’un des conteurs et écrivains des plus fameux. Il passa une enfance heureuse à Chatham au sein d’une famille modeste.
Malheureusement, alors qu’il rejoint son père, muté à Londres, il doit arrêter ses études pour des raisons financières. Les difficultés sont telles que la famille se retrouve en grande misère et que son père est emprisonné pour dettes. À tout juste douze ans, Charles Dickens se retrouve employé dans une simple fabrique de cirage. Cette nostalgie de l'enfance heureuse et pure, cette obsession de la faim et de la pauvreté sont des thématiques et de réels sentiments qui se retrouveront dans son œuvre.

Quelques temps après, Charles Dickens entreprend tout de même trois années d'études et entre ainsi dans un cabinet juridique au service d’un avoué. Friand et passionné de littérature et de lectures en tout genre, il trouve une place en tant que sténographe dans une revue. En 1833, il fait ses débuts d’écrivain dans divers journaux et magazines de contes dans les quartiers populaires de Londres. C’est en 1836, que son premier livre de contes et autres pièces intitulées Les Esquisses de Boz (Boz étant son pseudonyme) paraît. Dès 1837, il commence à révéler son talent avec Les Aventures de M. Pickwick, son succès est immédiat. Entre écriture et grands voyages, Charles Dickens est prolifique et inspiré. C’est à cette même époque qu’il se marie avec une certaine Catherine Hogarth. Pratiquement tous les romans de Charles Dickens seront publiés de façon mensuelles ou hebdomadaires.

On lui connaît aujourd’hui une grande qualité et quantité d’ouvrages, on citera, entre autres bien sûr : La Maison d'Âpre-vent ; Le Conte de Deux Cités ; Oliver Twist (1837-1839) ; Les Mémoires de Joseph Grimaldi (1838) ; Le Pendule de Maître Humphrey (1840-1841) ; Le Magasin d’Antiquités (1841) ; Le Célèbre Conte de Noël ; Notes Américaines (1842) ; Un Chant de Noël (1843) ; Les Carillons (1844) ; Le Grillon du Foyer (1845) ; La Bataille de la Vie (1846) ; David Copperfield (1849-1850) ; Le Pauvre Voyageur (1858) ; Message Venu de la Mer (1860) ; Les Grandes Espérances (1851) ; Notre Ami Commun (1864-1865) ; L’Abîme (1867), etc.

En pleine gloire, il se sépare de sa femme et devient à ce qu’on dit « le baladin national et international de l'Angleterre » car il fait alors des lectures à travers le monde : en Angleterre, en France et même aux Etats-Unis. Surmené et très nerveux, Charles Dickens ne se ménage pas et sa santé en pâtit. Le 9 juin 1865, il a un terrible et grave accident de chemin de fer qui le diminue physiquement. Le même jour, cinq ans plus tard, il meurt à Gadshill, un 9 juin 1870 exactement. Il est inhumé avec les honneurs à l’abbaye de Westminster. Son roman, Le mystère d'Edwin Drood ne sera jamais achevé…

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L’intrigue :

Le soir de Noël, un vieil homme égoïste et solitaire choisit de passer la soirée seul.
Mais les esprits de Noël en ont décidé autrement. L'entraînant tour à tour dans son passé, son présent et son futur, les trois spectres lui montrent ce que sera son avenir s'il persiste à ignorer que le bonheur existe, même dans le quotidien le plus ordinaire.

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Ce que j’en pense :

La jolie couverture de cette édition « Le Livre de Poche Jeunesse » est fidèle à l’affiche du film de Disney qui va être prochainement dans tous les cinémas. Ce livre fait partie des « produits dérivés » alors qu’en réalité, c’est le film qui en est réellement un.
Qu’importe, le texte lui est bien le même que durant mon enfance !

Grâce à la performance-capture(1), Jim Carrey interprète non pas un mais huit rôles dans « Le Drôle de Noël de Scrooge ». Le travail des graphistes, des animateurs du film est également a souligné car si l’on reconnaît les traits du visage de l’acteur sous toutes ces transformations, ils ont aussi été à la hauteur du Scrooge que la plume de Charles Dickens nous dépeint : « Dur et tranchant comme une pierre à fusil dont jamais l’acier n’a fait jaillir une étincelle généreuse, secret, renfermé en lui-même et solitaire comme une huître. Le froid qui était au-dedans de lui geler son vieux visage pinçait son nez pointu, ridait sa joue, rendait sa démarche raide et ses yeux rouges, bleuissaient ses lèvres minces et se manifestait au de-dehors par le son aigre de sa voix. Une gelée blanche recouvrait constamment sa tête, ses sourcils et son menton fin et nerveux. Il portait toujours et partout avec lui sa température au-dessous de zéro ; il glaçait son bureau les jours caniculaires et ne dégelait pas d’un degré à Noël.
La chaleur et le froid extérieurs avaient peu d’influence sur Scrooge. Les ardeurs de l’été ne pouvaient le réchauffer, et l’hiver le plus rigoureux ne parvenait pas à le refroidir. Aucun souffle de vent n’était plus âpre que lui. Jamais neige en tombant n’alla plus droit à son but, jamais pluie battante ne fut plus inexorable. Le mauvais temps ne savait par où trouver prise sur lui ; les plus fortes averses, la neige, la grêle, les giboulées ne pouvaient se vanter d’avoir sur lui qu’un avantage : elles tombaient souvent « avec profusion ». Scrooge ne connut jamais ce mot. »

Le décor est parfaitement posé. (L'histoire du Drôle de Noël de Scrooge se déroule en pleine période victorienne (1837 à 1901), âge d'or de l'Empire britannique qui voit Londres s'imposer comme la ville la plus peuplée du monde (1 860 000 habitants en 1845) jusqu'en 1925.). Les descriptions sont précises, mais ne se perdent pas dans des détails infimes. Les images, les comparaisons sont habiles.
Le style est si fluide que nous parvenons à construire avec de simples mots, la toile de fond de cette histoire avec une grande facilité. Nous ne lisons pas seulement ce récit, nous le vivons de l’intérieur.
J’avais des frissons en lisant, comme si je me retrouvais aux côtés de Scrooge lui-même. D’ailleurs le narrateur nous le suggère même. Il nous informe également agir pareillement avec nous.

On s’aperçoit avec certaines descriptions de situations que le bonheur est presque toujours fort simple. Il faut arrêter de courir après des chimères. Ce n’est ni bon pour le monde en général et encore moins pour nous.
Dans notre économie et notre monde d’aujourd’hui, Les miroirs aux alouettes ne manquent pas et donc il est encore plus facile de se fourvoyer de chemin. Le texte de C. Dickens est donc plus que jamais d’actualité.
« Ce n’était pas une belle famille ; ils n’étaient pas bien vêtus ni les uns ni les autres ; leurs souliers étaient loin d’être imperméables ; leurs habits n’étaient pas cossus ; … Cependant, ils étaient heureux, reconnaissants, satisfaits les uns des autres et contents de leur sort ; et au moment où Scrooge les quitta, ils semblaient plus heureux encore à la lueur des étincelles que la torche de l’Esprit répandait sur eux ; »

Je regrette juste que Scrooge change aussi vite. À la limite je trouve qu’il précipite un peu trop les évènements.
« - Guidez-moi ! dit Scrooge, guidez-moi ! La nuit avance rapidement ; c’est un temps précieux pour moi, je le sais. Esprit, guidez-moi. »
Ce qu’il doit voir est des plus troublants, mais j’ai trouvé que tout allait peut-être un peu trop vite. Lui pourtant si froid, si impénétrable voit son armure se fendre presque aux premiers coups portés par les esprits.

Enfin qu’importe, ce petit classique ne se démode pas et il est toujours bon de le relire de temps en temps. N’est-ce pas l’une des qualités premières des classiques justement, l’intemporalité ?

Ma note finale : 14 / 20

1- Une technologie dérivée de la motion-capture, qui ne se contente plus de capturer les mouvements mais aussi les performances des comédiens, afin de les réinjecter dans des personnages virtuels au sein d'un environnement numérique. Tournés sur des plateaux quasi-vides, à 360°, les plans sont ensuite retravaillés en post-production, offrant aux réalisateurs une totale liberté de mise en scène.


Nota Bene :

Petite information amusante et pour montrer que l’œuvre de Dickens a inspiré à toutes les époques, sachez que le personnage de Scrooge a servi d'inspiration à Carl Barks pour créer Picsou en 1947, nommé Uncle Scrooge en anglais. Drôle de coïncidence !

1 commentaires:

mirontaine a dit…

Je suis encore dans la lecture...En retard pour la lecture commune du Forum Livraddict!

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